A

Acteur

Si ce dictionnaire ne devait conserver qu’un mot, qui à lui seul puisse être le théâtre, dire tout de lui, ce serait sans aucun doute ce mot là, acteur. Ce corps poétique, qui se donne et donne à voir, dont le regard croisé m’illumine de l’intérieur. Pas si fréquent finalement. Bien entendu il faudrait définir corps et poétique. Alors pour rassurer tous mes collègues devant la difficulté, j’ajouterai : Eternel apprenti de l’imaginaire. Par comparaison on trouve dans les documents de l’Union Européenne cette définition futuriste : Agent récréatif. Preuve que derrière un même mot se cachent des imaginaires différents et en l’occurrence cette tristesse, parfois pas d’imaginaire du tout. Imaginaire est un joli quintasyllabique pour lequel mon fils m’a donné un jour cette belle définition : « L’imaginaire papa, c’est donner de l’air à une image. » Elle m’accompagne encore cette métaphore d’enfant. Je  ne sais pas quelles définitions trouveront les enfants des agents récréatifs mais mon voisin coiffeur a nommé sa boutique récréa-tif. De là à penser qu’un acteur est quelqu’un qui coupe les cheveux en quatre…

Le hasard et la nécessité veulent que dans la langue française il soit dans notre abécédaire à la première lettre ; c’était pour nous un signe, une vérité : au théâtre tout commence par l’acteur. Sans acteurs, les autres mots perdent leur sens. Pouvez-vous imaginer un théâtre sans acteurs ? De qui sommes-nous amoureux au théâtre, du décor, des costumes, des accessoires ? Accessoires, ce dernier mot aurait du le devancer dans l’ordre des lettres alors nous avons du nous résoudre à l’éliminer de cette liste ! Sans remord ? Je ne sais pas. Il n’y a pas de théâtre sans crime ! Et le crime fait naitre le remord. Mais dirions nous honnêtement notre amour à un être cher uniquement au regard de la beauté ou de la valeur de ses bijoux ? Si une fois dépouillé de ces accessoires, bracelets, breloques, boutons et autres bimbeloteries, l’être aimé nous paraissait ne plus être aimable, si une fois déshabillé, nous n’avions que le désir d’embrasser sa bague posée sur la table, dirions-nous que nous sommes amoureux ? Ou fétichiste ? Ainsi est-ce vraiment un crime de faire d’entrée de jeu disparaitre l’accessoire pour garder l’essentiel, pour ne pas aller au théâtre comme d’autres vont au bordel ou à la banque ! Nous, ce pluriel que j’emploie ici sans prétention, ce sont les spectateurs, nous dont la présence et le regard n’ont de raison que la déraison de l’amour que nous lui portons. Nous allons le voir pour cet Amour. Amour. Autre mot en A, d’ailleurs. Aussi. L’acteur nous tend un miroir où chacun de nous peut se voir, et il a la délicatesse de prendre nos défauts à son compte et de nous rendre la beauté d’une enfance qu’il nous laisse imaginer pure… Un dictionnaire amoureux des acteurs voilà ce qu’il faut commencer par écrire ! Ce dictionnaire sera d’abord une longue lettre d’amour aux Artistes-Auteurs, aux Baladins Bonimenteurs et aux Bouffons, tous les Comiques Clowns-Comédiens-Conteurs-Cabot-Cabotin, à tous ces Corps poétiques, Diseurs Danseurs d’Etoiles, ces Emotifs Fous et Funambules, Figurants et veilles Ficelles, Gavroches Histrions Interprètes Joueurs et Jongleurs, à tous ces Kamikazes Kafkaïens danseurs de Kabuki et de Kathakali, Livreurs du son des mots et d’émotions, Mimes Magiciens d’imagination et Marionnettistes de nos vies, du Nô aux Nains de cirque et aux Nabots sublimes, Orateurs Parleurs Passeurs Pasticheurs Poètes Querelleurs, à tous les Ravis, les Ringards et les Souriants sur ces scènes Sublimes, Stars Shakespeariennes, Tragédiens, Vedettes de rien, du vent, Walkyries de nos guerres intérieures, Xénon corps simples et rares, à tous les Yeux de ces Yogis Zazous Zoulous Zingaros de nos bohèmes, à tous les maitres Zen de nos Zénith…

 

Ah !

Cette interjection, ah, comme je m’en souviens,
C’était un poignard pour le jeune comédien.
Mais au fil du temps, ah, le plaisir du palais,
Ce souffle de la langue qui s’alanguissait !

Oh que ta disparition est douloureuse,
Avec toi, nos scènes, ont perdu une âme heureuse,
Du souffle d’Hamlet au rire de Dorine
Qui gonfle, durcit, remplit gorges et poitrines !

Cette jouissance là, d’un seul son éclatant,
A la face du partenaire, quel bel instant,
Juste avant le sublime moment de la mort !

Nos œuvres ramollissent de ta perte à tort
Au sein des poèmes de pauvres tragédies
Qui pendouillent aux frontons des lieux d’aujourd’hui.

Du souffle profond qui égaraient les amants
Jusqu’à l’ombre enchantée de sous-bois charmants,
Il nous reste un souvenir merveilleux de toi,
De ta douceur suave dans nos bouches de roi.

De ta grandeur perdue, nos corps se souviennent,
Mais cette dérision qui est faite Reine
Par la modernité ne veut plus ta sublime
Imposante Architecture ni ses rimes.

Avec le hache de ta tablette tu meurs,
Animal sacrifié dont on retire le cœur.
De nos rires, nos pleurs, on t’a tranché, gommé ! 

Sans toi qui n’es plus là, il faut continuer
D’exhaler nos profonds  soupirs d’amour sans bruit
Dans la solitude des songes de nos nuits…

Abandonnées à l’aube de l’hiver allant
Des hautes sphères, à pas lents et nonchalants
D’un théâtre vif vers une langue molle,
Modelée sans âme par une modernité folle,

Ta belle présence au souffle long nous manque,
Et les ponctuations fermes des harangues,
Qui donnaient même à nos petites croyances
Une force virile et mâle arrogance !


Al Pacino

Acteur Américain. Bien que son nom soit italien, il symbolise pour moi ce mythe du double A, l’Acteur Américain, fait d’une élégance et d’une décontraction qui lui permettent de jouer les héros les plus nobles et les voyous les plus veules. Parfois les deux dans le même rôle !
Amateur de théâtre autant que du cinéma, il a avec son film « Looking for Richard » réalisé sans doute un des plus beaux hommages que le septième art ait rendu au théâtre (après les "enfants du paradis" de Marcel Carmé.) Et dans le film l'Avocat du diable il joue sans aucun doute son rôle le plus théâtral, le plus ambigu qui nous séduit et nous terrifie dans le même mouvement. Sinon comment expliquer cette scéne du Richard III de Shakespeare où ce diable de bossu réussit en dix minutes et quelques secondes à séduire celle dont il vient de tuer le mari et qui l'abomine d'injures ...? Comment expliquer que cette pièce, avec Hamlet, fait partie des oeuvres les plus jouer au monde et dans toutes les langues. Le diable anime les plus grands personnages du théâtre et c'est ce qui nous fait l'aimer. Imaginer le Dieu unique au théâtre, à part joué par Woody Allen, ce serait l'ennui. Sans l'autre, le désir et sa tentation, le théâtre n'existerai pas. D'ailleurs quand l'église catholique mettait en scène les mystères pour l'édification populaire au moyen âge, elle proposait des scènes de l'enfer et les souffrances des marthyrs. Personne ne peut imaginer le paradis plus de cinq minutes sans avoir envie de s'endormir. Le moindre curé de campagne le sait bien. Et une des missions du théâtre depuis les grecs n'est-elle pas de nous éveiller. Mais chez eux l'Olympe n'avait rien d'un paradis, on y tapait, terrifiait, terrorisait, trompait, trahissait, tuait tout aussi fréquement que nous twittons aujourd'hui. Et finalement ce sont tous ces tatatatatatata débiter à la vitesse d'une mitrailette que nous aimons regarder. 
 

Amateur

Cette page reste à écrire. Au sens noble Amateur est celui qui aime. Au sens trivial Amateur signifie incompétent. Au théâtre je suis né amateur, amoureux et incompétent. Ecrire son acte de naissance demande réflexion, ou plutôt introspection. Chaque jour je me demande pourquoi j’aime ce métier. Souvent venait l’idée « pour faire rire le public ». Cela paraissait une bonne raison à priori. Mais le lendemain je me disais non, surtout les soirs où ils n’avaient pas ri. Pour les rendre plus intelligent me venait aussitôt à l’esprit, mais le lendemain j’avais un doute, particulièrement les soirs où il n’avait rien compris. Pour être admiré m’a effleuré mais les soirs d’applaudissements à peine polis j’ai vite compris que ce n’étais pas non plus une raison suffisante. Les émouvoir ou les détendre m’a paru longtemps une certitude mais en voyant certains soirs des regards vides ou crispés dans le miroir des miens, j’ai pleuré, en coulisses. La seule certitude que j’ai trouvée est qu’il fallait toujours un public pour  regarder, un partenaire pour jouer et que sans eux, nous n’avions rien à aimer ni à apprendre.

Longtemps j’ai habité une école et la cour de récréation était mon unique terrain de jeu. Ma mère est devenue professeur de littérature et mon père d’éducation physique. Le théâtre a été un moyen de prolonger mon enfance sans choisir mon camp et de questionner ce mariage, le corps et l’esprit, lié pour le meilleur et pour le pire.

Le théâtre en occident est un théâtre d’amateur, c’est sa force et sa faiblesse. Vous pouvez décider de l'être et vous l'êtes. Au mieux vous ferez une école de deux voir quatre ans !  Au Japon ou en Inde, l’acteur commence son apprentissage entre trois et sept ans, il finit son apprentissage à dix huit ans à l’âge où nous commençons à peine à nous initier. L’acteur de Nô ou de Kathakali n’a pas à aimer son métier, c’est son destin, il ne le choisit pas, et au delà d’être professionnel, il est un serviteur, le serviteur des dieux du théâtre. Les meilleurs peuvent devenir des dieux vivants… En occident nous avons besoin d’aimer pour réaliser nos rêves, nos mariages sont d’amour, en tout cas nous avons besoin de le croire et notre incompétence ne nous empêche pas d’essayer avant même d’apprendre. On aime apprendre sur le tas. Et sur le tard. La contrepartie est qu’on ne deviendra jamais des dieux vivants, chez les amateurs on meurt apprenti. J’aime cette perspective. L’inachevé n’a pas de vérité unique, il porte tous les devenirs et tous les possibles, l’expansion du monde est en lui. L’imperfection aussi. Mais la nécessité de toujours apprendre doit nous porter vers l’Orient et sa quête ascétique de la beauté, de la pureté, de la maitrise parfaite ; sur la ligne infinie où nous avançons, il est bon d’apprendre à tourner en rond dans la recherche du cercle parfait jusqu’à la spirale de l’oubli. De l’oubli de soi. Cela nous évite de croire que nous sommes arrivés au bout du chemin ou de sombrer dans un pessimisme exagéré sur la quête de l’impossible.

Rien ne m’énerve tant que les artistes professionnels qui oublient d’enlever leurs costumes en sortant de scène et qui transportent les névroses de leurs personnages comme des trophées de chasse ou des médailles de guerre. Ce sont pourtant souvent ceux là que notre monde transformé en un gigantesque parc d’attractions pare du nom de « professionnel ». Ce sont les professionnels du grand marché du théâtre.  D’autres pour éviter l’écueil trouvent génial de supprimer les personnages et de sombrer dans une mélancolie sans nom où une poétique désincarnée est sensée, même pas nous sauver, ni même nous soulager, seulement nous conforter de la supériorité de l’art et donc de l’artiste. Je préfère encore les dieux vivants, une statue on peut l’admirer ou la déboulonner, cela se vénère ou se conspue. Les pessimistes vous glissent entre les doigts tels des serpents et leur monde froid, sans joie est venimeux, ils ont la beauté hypnotique des crotales. Ceux là deviennent souvent l’icône des princes, les artistes de l’élite parés des attributs de « grande poésie ». Ils m’énervent aussi pour tout dire.

 

 

Antonin Artaud

Il y a des allitérations célèbres dans le monde du théâtre, Antonin Artaud, Berthold Brecht, Charlie Chaplin… l’allitération met en évidence la curiosité d’une langue, la musique du langage, sa force vibratoire sur nos sens avant même le sens et même sans lui. L’allitération met le corps de la langue au delà de la bouche, il la projette à la face de l’auditoire tel un hochet qui hoquette et se répète dans la déformation de l’écho pour donner un corps complet au sens et souiller notre complet de soirée sans complaisance, dénudant nos habitudes de mâchoires serrées en une foule d’image immaculée. Essayer de proférer Antonin Artaud de la toute puissance de votre souffle, de crier son nom au monde que vous imaginerez immonde immonde immonde, frappez son nom d’une voix de marteau, Antonin Artaud, d’un écho sans écho, d’une froideur brulante qui éclate, pour entendre le masque des morts mimant la vie jusqu’à être secoué de tremblements terribles et troublants, et sous cette secousse répéter répéter répéter revoir le passé profond resurgir vibrant d’une vie nouvelle accomplie jusqu’à l’assouvissement d’un désir devenu flasque qui s’étale vieille flaque de semences croupies d’un éternel recommencement du moment moment maman …De vrais acteurs sont fornicateurs bonobos bandeurs de mots vomisseurs de sang dans l’océan des mondes sans paroles où le silence dort dans le ronflement d’un feu qui couve, d’une porte qui claque et d’un soupir de soulagement qui s’échappe loin de nos lâches renoncements à être habité par la douceur du doute dont on souffre sans flamme allumée à attendre la mort pas encore mort et pourtant vide de vie dans l’attente de lendemains qui chantent au fond des gouffres du désespoir. Antonin Artaud a atteint une arithmétique rythmique aride assassinant après des années d’anorexie asséché et assoiffé d’amour l’armée des apauvrisseurs de l’alphabétique alchimie ânonnant d’antique cantique atrophié, apostrophant d’acides allégories ces apostats de tous les abécédaires et anciennes algèbres assyriennes appelées à nouveau à régner, annonçant l’achèvement et l’arrivée, l’allure de l’altérité, l’âme amer de l’advenir avec avant l’ardeur d’un assaut assouvi.

Alors tremblez bouffons fébriles et fiévreux de nos vies béquillées par vos pauvres pensées apoétiques, tremblez qu’adviennent la poésie nouvelle qui boira votre sang goutte à goutte sous l’œil attendri de nos regards vous regardant mourir.

Artaud apprend à nos âmes artistes l’amour allégé accrochant l’affect de la mort aux arbres et adosse nos appétits d’aller de l’avant à l’avaloir du temps.

Antonin revient, ils sont fous, Babel a vendu sa langue au chat et son corps à la science, nous sommes virtuels et les dieux vivants ricanent de notre évanescence.

Avec ton nom en bandoulière et ta folie en drapeau ma langue renait.

Antigone
 
Demander dans la rue : -Vous connaissez Antigone ?  Beaucoup vous dirons : -Heu, une jeune fille... dans le théâtre... c'est dramatique... une histoire d'enterrement... elle meurt et c'est pas juste... -Vous l'aimez ? -C'est une fille bien, non ? -Et vous l'avez vu ? -Heu, non... il y a longtemps... j'ai lu un truc sur elle...
 
Antigone a vingt cinq siècles, elle était grecque, portait le voile et croyait dans des dieux disparus... Jean Claude Carrière dans un de ces livres rapporte après étude qu'il y aurait une quarantaine de dieux encore en activité dans le monde en 2015. Il y a en avait bien plus à l'époque rien qu'à Delphes, sa ville d'origine !
 
Depuis le premier poète grec qui nous a raconté son histoire, des dizaines d'autres nous raconté Antigone, parfois en changeant son nom et sa biographie, mais pas son esprit : plutôt perdre la vie que de perdre son humanité ! Et c'est une toute jeune fille qui vient nous donner cette leçon de vie et de courage.
 
Elle préferera mourir plutôt que de laisser un de ses deux fréres, tuer par l'autre, sans scépulture. Mourir emmurée. Ellle bravera la loi  jusqu'à la mort pour rester humaine car pour elle, être humain c'est avoir droit à une terre où  reposer, sinon ton esprit devra errer jusqu'à la fin des temps. Tu viens de la terre et si on t'empêche d'y retourner ta pensée errante ne trouvera pas le sommeil. Enfermée vivante dans une grotte il y a plus de 2500 ans, sans retourner à la terre, l'esprit de cette jeune femme nous hante encore. On peut encore parler d'elle dans la rue sans passer pour des fous. Croire en Dieu-x,  c'est croire à l'immortalité d'un ou de certains esprits. Les seuls immortels que je connaisse, et dont je sais avec avec certitudes qu'ils existent, sont les personnages que les poètes nous transmettent. Ce sont des fantômes qui habitent nos villles, qui voyagent d'un pays à l'autre et que l'on peut voir parfois quand un-e acteur-trice se laisse pénèter par leurs lumières et leur prête un corps le temps d'un instant. 
 
Que le plus ancien, un des plus célèbres et le plus aimé de ces esprits vivants qui errent, invisible la plupart du temps, dans nos rues soit cette jeune fille et la mort qui l'accompagne, ne cessent de me questionner. Cela devrait aussi questionner les intégristes de tous poil qui n'ont d'yeux que pour la divinté mâle, vieille et autoritaire, pour ne pas dire violente. Et si on peut penser qu'Hamlet, son cousin masculin dans les célébrités peuplant notre inconscient collectif, a pu subir une tentation diabolique en se laissant aller à la vengeance et au meurtre, Antigone reste vierge et pur de tous les soupçons à cet égard. Ils ont beau faire et beau dire, c'est elle que l'on aime !

Elle revit aujourd'hui dans l'esprit de Malala Yousafzai, cette jeune fille pakistanaise, qui a onze ans, a dit non dans son pays aux foux de dieu qui emmurent les femmes et laissent les "impies" aux charognards sans aucun droit à la terre.

Arlequin

Voir l'article Charlie Chaplin, il a dépoussiéré l’icône des ses arlequinades embourgeoisées par un Goldoni ou un Marivaux et Charlot a sorti l’image de son Epinal.

Arlequin fait parti de ces célébrités dont chacun connait le nom mais que très peu ont vu. Lui le comique rejoint Antigone au Panthéon. Il vient de loin et certain lui donne comme origine Hellequin, un Diable (nous y revoilà) médiéval, et peut-être même exitant déjà chez les romains. Et sa caractéristique est qu'on ne saurait dire s'il fait ses pitreries par bétises ou pour se défendre. Ce qui est sur est qu'il flatte en nous les désirs les plus primaires, boire manger forniquer dormir et que nous l'aimons pour cela. Même dans nos peurs les plus viscérales, nous savons grace à lui que le plus pauvres des plus pauvres, le plus idiot des imbéciles peut survivre. Car c'est bien la peur son moteur comme celui de tous les personnages de la commedia dell'arte. Nous aimons cette comédie car elle identifie, en nous en faisant rire, une des grandes caractéristiques des relations humaines, la peur de mourir, et à cause de l'autre. Dans ces farces l'autre est toujours un danger dont il faut se méfier, et croire cela plonge les individus dans des relations tordues, faites de mauvais coup au sens propre et au sens figuré. C'est un monde diabolique où la perversité des relations n'a d'égal que la névrose des personnages, notament ceux qui ont le pouvoir. Nous les détestons tous plus au moins ces Pantalons avares lubriques et égotiques, ces Matamores poltrons et veules, mais lui ce diable d'homme au masque animal nous l'aimons même quand il frappe son maitre, trompe un autre valet ou humilie par hasard (mais est-ce bien sûr) le capitaine.Son masque est le plus traditionnellement celui d'un chat. Qui d'entre nous assis confortablement dans un fauteuil n'est pas fasciné par un jeune chat jouant à nos pieds tout autant que par les flammes d'un bon feu. Nous pouvons le regarder longtemps sans nous ennuyer, riant de ses glissades et roulé boulé, étonné et jaloux d'une telle souplesse, surpris de sa rapidité et même quand il joue de l'agonie d'une souris il nous arrive de le regarder emmerveillé de tant talent, oubliant la mort qui est au bout, concentré que nous sommes sur le plaisir du jeu. Car c'est là finalement ce qui nous permet de l'aimer sans réserve, quoiqu'il arrive il semble jouer avec les autres (ou se jouer des évènements) alors que les autres semblent subir ou souffrir. Il y a chez lui ce sens profond de la vie, inscrit dans le plus jeune âge et qui est le jeu. Pour cette raison il est l'essence même du théâtre.

 

 

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