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Lettre du 9 février 2008

Chér-e-s Ami-e-s,

Nous nous proposons de rejouer cette saison « Le cercle et la spirale ». La raison est le désir. Pas que raison et désir fassent particulièrement bon ménage, c’est une histoire d‘équilibre mais bien parce que le sujet même de cette histoire de cercle et de spirale est le désir. Son origine et son centre.

Tissés avec leurs mains, leurs pieds et leurs langues de matériaux puisés dans leurs mémoires de femmes et d’actrices, des chants, des mouvements et les textes choisis résonnent dans l’intime de chacune d’elle. Ce que nous avons cherché avec ce chœur de femmes sur un plateau nu sous une chaude lumière vaste et enveloppante, c’est un enlacement, un mouvement où tout soit relié et imbriqué, les histoires qu’elles racontent, les corps, la voix, les mots et vous, public ! Un enlacement de deux chœurs, elles et vous. Le désir dans cette rencontre n’est pas seulement une noble motivation à la pratique du théâtre, il est, nous l’avons découvert en le jouant, le personnage central. Le Chœur du désir né d’un désir du cœur. Le Chœur, ce si vieux personnage, si peu à la mode, SDF dans un monde où M. C loge Bât. B à Villenouvelle attend son héros pour renaitre. Ainsi notre chœur de femmes attend une conversation amoureuse avec vous, simple et cérémonieuse à la fois, fusion de vieilles histoires et d’autres toutes proches, métaphores et quotidien mêlés, des désirs lumineux et des moins au sein du paradoxe des cœurs amoureux. Avec des yeux d’enfants pour que la souffrance ne l’emporte pas sur le jeu aux passages des désirs sombres. Car si le tragique nous accompagne, le bonheur et la légèreté des corps qui le racontent disent que nous choisissons toujours la vie contre la mort. Nos cercles nous réconcilient avec nous-mêmes et les spirales nous emmènent vers l’autre, ainsi va le grand tourbillon. Ce Chœur de femmes nous parle d’elles depuis son centre, tantôt cerveau (oui le chœur féminin a un cerveau), tantôt cœur (le cœur du chœur), tantôt vagin (chercher à incarner sur scène « le vagin » en tant que personnage a été pour nous une grande recherche pleine de rire et de plaisir et nous avons, ma foi, une proposition qui nous semble acceptable). Ce corps du Chœur s’adresse à l’autre, vous. Des questionnements. Des histoires de femmes. Pas de réponses. Pas toutes faites.
Comme nous jouons autour du 8 mars, journée internationale des femmes, nous vous invitons à une lecture d’extrait du « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir, à des films et causeries sur le corps féminin et le désir. Et le versant désolant, qui reste un combat, les violences faites aux femmes.
« Désirer travailler ensemble afin de changer quelque chose en ce monde nécessite de travailler dans une relation proche de l’amour… » C’est beau. Cela donne envie de se serrer dans les bras. C’est d’un auteur italien. Ils parlent bien de l’amour les italiens. Penser à demander ce qu’elles en pensent aux italiennes ?
Le « vivre-ensemble » reste pour l’humain une grande question moderne, il faut bien le reconnaitre, écartelé entre son désir d’individualisme absolu et un instinct de survie grégaire dans une mondialisation qui nous rend toutes et tous interdépendants. « L’insociable sociabilité de l’homme », dira Kant, est le paradoxe originel dont toute l’œuvre de Rousseau est irriguée. En plein débat électoral municipal, bombardé par un spectacle politique de plus en plus égotique, venir écouter le beau style de Rousseau nous questionner sur le contrat social, troisième volet de nos cycles « philosophie de chair »sera une autre belle façon de lier raison et plaisir, d’imbriquer et d’enlacer la nécessaire urgence du désir.
« Désirer c’est construire un ensemble, un agencement collectif » dit Deleuze. Lequel est la question?

Pascal Larue

 

 

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