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Lettre du 30 mars 2007
Che-r-es Ami-e-s,

Nos partenaires russes sont dans l’obligation de reporter leur venue chez nous. La création de « Fin de partie » de Samuel Beckett qui devait accompagner notre « Godot » n’aura donc pas lieu fin avril mais à la rentrée de la prochaine saison…
Nous en profiterons pour jouer « En attendant Godot » une semaine de plus, ce qui au vu des réservations déjà nombreuses permettra au plus grand nombre de (re)voir ce spectacle.
Et puis nous sommes invités une semaine en mai à Moscou pour « La Cerisaie », mise en scène par Sergueï Afanasiev l’an passé, nous jouerons dans un festival consacré à Tchekhov et plus particulièrement dans une résidence où il a écrit une partie de son œuvre… à suivre…
Voilà pour les nouvelles de notre actualité.

Pour l’autre, la grande actualité, nous serions heureux dans le débat électoral qui nous agite tous aujourd’hui, que la Culture trouve une place plus importante. Beaucoup semblent partager l’idée théorique que l’Art et la Culture mis au service du plus grand nombre par les moyens de la collectivité permettent de développer l’intelligence, de renforcer le lien social tout en éveillant l’esprit critique, outil de base de la démocratie. D’autres pensent aussi que l’art est un puissant vecteur de rencontres et d’échanges d’ « identité », que la culture est dans un perpétuel mouvement qui la transforme, la métamorphose. Enfin la gratuité de cette rencontre, le fait qu’elle ne soit pas liée à un « marché » semble essentiel à certains, dont nous sommes, pour qu’elle soit ouverte et accessible à tous.
Il faut le dire, d’immenses progrès ont été faits sur ce terrain dans notre pays, ouvrant l’accès au théâtre, à la musique, aux livres…jusque dans les plus petites villes.
L’art et l’échange culturel se sont ouverts à tout notre territoire, dans les endroits isolés ou les zones d’exclusion mais souvent dans la précarité et la fragilité. Il faut continuer ce mouvement à l’image de l’école publique au début du XX siècle et avoir l’ambition de donner au XXI siècle à chaque ville et village non seulement des outils d’art et de culture mais aussi la possibilité de les animer, c'est-à-dire des artistes écrivains, comédiens, musiciens… au même titre que le siècle précédent aura donné à chacun l’instituteur, le professeur…
Et pourtant, tout cela pour qui travaille à cet édifice, parait bien fragile. La colère des intermittents du spectacle en a été l’expression visible. Beaucoup d’entre nous sont inquiets et constatent qu’une logique économique (il n’y en aurait qu’une possible), et l’organisation sociale qui en découle, sont en contradiction avec ces progrès et ce développement.
Pour revenir à la Russie, notre ami metteur en scène Sergueï Afanasiev est directeur d’un théâtre d’art employant cinquante salariés (artistes, techniciens…) à Novossibirsk, théâtre créé par la collectivité soviétique dans les années 90. Les réformes actuelles de son pays l’obligent à privatiser en partie son activité. Pour continuer à faire vivre son équipe, il devra compter sur les revenus/bénéfices du restaurant et de la brasserie que son sponsor privé, à qui la ville a vendu le bâtiment en construction, vient d’installer. Pour créer un nouveau Tchekhov il faudra donc vendre plus de frites et de hamburgers.

Il serait bon que tous ceux qui soutiennent le mouvement de progrès que nous avons connu en France et qui souhaitent voir son développement l’affirment plus nettement, loin du discours « il y a trop d’artistes, trop de spectacles».
L’art, la Culture, à l’image de l’amour, sont des richesses si nous leurs portons attention. Sans arrière pensée. En étant libre. Sincèrement persuadé que la fonction de ce désir là est de nous rendre meilleur. Dans notre diversité. Et que tous nous en sommes dignes.
Un programme qui n’affirmerait pas les moyens d’une telle ambition affichée serait à l’image d’un mariage sans amour. Une combine, un arrangement.

Pascal Larue
 

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