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Lettre du 15 mars 2006

Chèr(e)s ami(e)s,

Certains s’étonneront peut-être, alors que notre semaine « femmes en résistance » vient de s’achever, que notre théâtre ait choisi pour prochaine création « la Mégère et le Militaire », très librement inspirée de la Mégère Apprivoisée de Shakespeare.
Outre que vous aurez remarqué le changement de titre dans notre adaptation (qui finalement apprivoisera qui ?), il y a de grandes figures théâtrales qui ne cessent de nous poser questions.

Interrogeons nos connaissances, tous quasiment sauront que « la mégère » est un personnage de théâtre et qu’il faut « l’apprivoiser » ! Mais qui a vu ou lu la pièce… ? Très peu sans doute. Alors pourquoi chacun de nous semble connaître cette « Mégère » ?
Le théâtre accueille depuis toujours de grandes figures humaines, que chacun de nous porte en lui, souvent sans le savoir, et que les poètes de la scène viennent révéler, réveiller à notre conscience, à notre mémoire même… Il en va ainsi d’Antigone l’orgueilleuse rebelle, de Roméo et Juliette les amoureux éternels, de Don Juan le provocateur, de Mère Courage l’infatigable, de Godot l’invisible… sans oublier Arlequin le diable d’homme et son lointain et pourtant proche cousin au cinéma, Charlot. Antigone a vingt-cinq siècles, combien de jeunes filles aujourd’hui la connaissent, son nom et ce qu’il porte, sans même avoir lu Sophocle… ?
C’est certainement la force de ces personnages mythiques qui me fait aimer le théâtre, quand je suis au spectacle, je rêve toujours de rencontrer un de ses êtres que je sens exister en moi et que je devine chez d’autres. Cela me rapproche de mes congénères, avec qui parfois, lorsque j’observe l’état du monde tel qu’il va, j’ai envie de me brouiller définitivement tel « le Misanthrope », pour m’enfuir sur une île déserte. Mais comme de toute évidence de nos jours, de telles îles sont rares et chères, point d’autre salut que de chercher dans l’autre, avec l’autre, ce qui nous lie, ce qui nous rapproche, ce que je reconnais de lui en moi.

Ainsi en est-il aussi de notre « Mégère » et de cette autre figure « le Militaire », le Matamore, le Macho chargé de l’apprivoiser. Ils font partie de notre patrimoine humain, génétique même. Ce sont nos monstres, il ne s’agit ni de les aimer ou pas, ni de les juger mais de savoir vivre avec. L’Homme moderne ayant choisi le couple, le modèle dominant du vivre ensemble étant de vivre à deux, nous n’avons guère d’autres choix que d’apprivoiser « nos mégères et nos militaires ». Cette bataille Homérique ne peut que parler à ceux qui, un jour, feront ou ont fait l’expérience du couple et de l’amour. Car finalement avec les personnages de Shakespeare, c’est d’amour dont il est question, quels que soient les désirs (ou les frustrations) qui les poussent, les guerres qu’ils se fassent et les tyrannies jalouses qui les opposent. Et peut-être que le théâtre peut nous guérir de ces « monstres » en apprenant à en rire…

Pascal Larue

 

 

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