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Lettre du 25 mars 2005

Chér(e)s Ami(e)s,

Bientôt nous accueillons deux compagnies pour qui, loin d'être une posture, "le théâtre populaire" est une identité. Elles vont jouer deux farces, Ubu de Alfred Jarry et Le médecin volant de Molière. La première réplique de l’une est un tonitruant : « MERDRE » du père Ubu. Dans l’autre, le faux médecin Sganarelle boit l’urine de sa patiente pour en découvrir la maladie. Et cela nous fait du bien ! A nous, spectateur ! Si cela est bien joué, si l’on y croit, alors nous rions à gorge déployée. L’obscénité est chose gaie.
Dans notre époque où l’architecture des salles de spectacles modernes ressemble à celle des hôpitaux (même carrelage, même porte vitrée automatique, même néon et odeur de produits d’entretien…), quand l’insipide et l’aseptisé nous envahissent, quand le rationnel et le bon fonctionnement (certes utile à l’hôpital) remplacent la vie, le bon vieux théâtre populaire est une ressource. Quand sur les belles scènes toutes neuves défilent au rythme des abonnements nos beaux spectacles, qui ne débordent pas du cadre pour lequel ils ont été conçus, que nous les applaudissons frénétiquement pour aussitôt les oublier, quand l’engourdissement nous guette, c’est souvent lui, le théâtre populaire, qui vient nous secouer, nous réveiller. Il est là, vivant, proche des gens, simple et chaleureux, pauvre et généreux, parfois plein de bruits, d’odeur, de sueur et fort d’une énergie puissante qui bouscule. C’est un théâtre rarement invité dans les Théâtres, on le croise dans un coin de rue, dans une arrière salle de bistrot, une cave, une vielle grange ou comme ce « médecin volant » de la compagnie Pièces et main d’œuvre, créé dans un ancien cinéma porno, l’Eden*. Les voix du théâtre sont impénétrables. Sa création reste un mystère. Une chose est sûre, ni Molière, ni Jarry ne sont nés au théâtre dans une salle conçue à cet effet mais sur les vieux tréteaux de l’illustre théâtre ou sur un coin de table d’un bistrot de quartier, au milieu de paysan ou d’ivrogne braillard.

Que cherchons-nous au théâtre ?
Un divertissement d’un moment, le confort d’une esthétique intelligente ou la vie avec ses débordements désordonnés…
Les plus belles fleurs ont besoin de fumier pour pousser, tous les jardiniers le savent. Nos airs dédaigneux ou dégoûtés n’y changeront rien.
Notre travail d’acteur, de metteur en scène, de public aussi, est un long chemin plein de routes où se perdrent. Les impasses qui me semblent les plus fréquentées aujourd’hui confondent beauté et esthétique, intelligence et ennui mais aussi simplicité et facilité.

Si nous voulons être désirés, combattre la télévision qui nous amollit, redonner au théâtre son évocation mystérieuse, magique, ne pas nous contenter de nos habitués et de nos habitudes, nous devons nous débarrasser des à priori de formes, de styles, et si nous souhaitons un théâtre universel, beau et intelligent, il est en réalité multiple, bizarre et incontrôlable. La chose importante est qu’il soit une expérience intense et vivante. Nous n’y réussissons pas toujours. Nous répétons et répétons et attendons votre assistance pour donner vie à ces moments uniques.
Les grands auteurs peuvent nous aider. Les poètes ont une vision. Ils nous voient et donc, nous donnent à voir. Voir et donner à voir est aussi le travail du comédien…

Ainsi Ubu, de même que les personnages de Molière, sont connus au-delà de ceux qui fréquentent les théâtres. La force du poète est de briser les frontières et d’élargir la connaissance de l’autre et du monde. Ubu est plus connu que son auteur et il est même un des rares personnages ayant donné naissance à un qualificatif : ubuesque. Un cocktail de bêtises et d’absurdité avec un goût d’affreux sale et méchant. Le piment de l’histoire est que Ubu devient roi. La situation est alors accadabrantesque !

La compagnie de l’Orage, qui vient jouer ce spectacle, joue depuis quinze ans avec succès dans les villages de l’Essonne et d’ailleurs. C’est « une jeune compagnie », on nomme ainsi dans la profession ceux qui n’entre plus dans les grilles d’évaluation ministérielle. Cela leur vaut une éternelle jeunesse !…

Alors pour conclure, une histoire qu’ils aiment raconter :
Un maître et son disciple mangent ensemble. Le disciple demande au maître :
-Maître, connaissez-vous le grand mystère de la vie ?
-Oui, répond le Maître, va laver ton bol.

Amicalement

 

Pascal Larue

 

 

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