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Lettre du 12 septembre 2001

 

Lettre du 12 septembre 2001

 

Chèr(e)s ami(e)s,

Quand les événements tragiques et abominables se sont produits à New-York, nous étions en répétition...

Bouleversés par ce crime, qui ressemblait tellement à un mauvais film (américain !), devant ces images repassées en boucle, à l'infini, après la stupeur, nous nous sommes demandés : Pourquoi ?Nous nous sommes dit : la planète entière, témoin en direct de l'horreur, va quitter son siège, sortir rencontrer son voisin et se demander ensemble : Pourquoi ?

 

Y a-t-il seulement quelques monstres déguisés en êtres humains ou est-ce l'espèce humaine, son organisation qui sont en cause ? Comment se fabrique un monstre capable de ça ? Sur la planète Mars ? Est-ce que les spéculateurs qui ont vendu leurs actions dans la demi-heure qui a suivi l'attentat se sont posés la question ? Un œil sur la chute des tours, un œil sur la chute des cours, finalement les deux yeux pleuraient.

Mais est-ce que les larmes sont les mêmes pour la perte d'une vie ou la perte de son portefeuille ? Et aussi, à l'autre bout de la planète, de pauvres gens tellement habitués aux spectacles de la violence et de la mort, ont pleuré de joie. Pourquoi sont-ils persuadés ceux-là que la vie humaine n'a pas la même valeur partout ? Aucune religion admise ne le dit !
Sommes-nous si indifférents à la souffrance et la mort quand elles frappent chez eux, pour qu'ils aient envie de se réjouir ?
Un peu comme l'histoire du pauvre type à qui l'on claque la porte au nez et qui se coince un doigt. Devant l'indifférence des passants à sa souffrance, quand un autre type se coince le doigt à son tour, le premier rigole et lui dit : "Ah ! Vous voyez, ça fait mal."
Alors le deuxième répond : "tu vas voir ce qui va t'arriver, mécréant, si tu te moques de moi !" Et tout occupé à regarder la dispute qui dégénère, personne n'entend l'enfant qui demande à son père : "Papa, si on laissait la porte ouvert".
Alors quand le lendemain, on a entendu que la guerre du bien contre le mal avait commencé avec l'aide de Dieu, on s'est dit : c'est un fou dangereux qui revendique l'attentat ! Quand on a compris que c'était le représentant des victimes qui parlait, la peur nous a pris. Le mal c'est où ? A l'est, à l'ouest, au nord, au sud, en haut, en bas, à droit, à gauche, dessus, dessous ? Quant à Dieu : Nous ne sommes pas sûr non plus de savoir où le trouver !
Le troisième jour, on a commencé par être rassuré : tout le monde (ou presque) était d'accord.  Le Méchant s'appelle Ben Laden. On a demandé : mais qui est ce Ben Laden ?  On nous a dit : un mauvais milliardaire qui fait la guerre aux pays riches du Nord en se cachant dans les pays pauvres du Sud, avec l'aide de Dieu. Alors on a dit : mais d'où viennent sa richesse et son pouvoir ? Des bons milliardaires qui vivent dans les pays riches du Nord et du Sud avec l'aide de différents Dieux, en vendant de bonnes et de mauvaises choses aux quatres coins du monde. Ils l'ont encouragé à devenir mauvais pour les aider à chasser un vieux démon de l'Est presque disparu. Mais aujourd'hui, presque tous les démons de l'Est sont devenus bons et vont aider ceux de l'Ouest à le chasser avec le soutien des pays du Sud ! Même avec l'aide de Dieu, ça devenait difficile à comprendre.
Alors on s'est dit : Ben Laden, c'est un peu Frankenstein, la créature qui échappe à son créateur. Un savant un peu fou crée un monstre. Et quand le monstre devenu fou veut le tuer, le bon savant crie : "Au fou, au fou, Dieu, aide-moi à supprimer ce fou". "Lequel ?" lui répond Dieu.
Perplexes, troublés et désorientés, nous sommes retournés répéter notre prochain spectacle "Le Jeune Prince et la Vérité". Dans la scène que nous répétitions, un aveugle dit au Prince :"Ceux qui prétendent connaître la vérité, fuis les vite, ils sont dangereux. Mais tu peux suivre ceux qui la cherchent".
Pendant ce temps, aux dernières nouvelles, un milliardaire, président d'un riche pays de l'Ouest, vient de déclarer : "L'Occident est supérieur et doit affirmer sa supprématie sur le Monde !" Cette fois, cela se confirme, les fous dangereux sont partout, il va devenir difficile de fuir. Dans le pays qui accueille ce Ben Laden, l'exode a commencé.
Nous, en attendant, on cherche avec notre Prince, au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, à droite, à gauche... Qu'est-ce qu'on cherche au fait ? A vous rencontrer, à vous accueillir pour partager les questions qu'on se pose : où trouver la vérité ?
Alors nous, on vous dit : "La porte de notre théâtre est ouverte à tous, sans distinction de race, de croyance, de religion ou de richesse". Cela paraît évident mais aujourd'hui, il nous semble bon de l'écrire en grand.
L'entrée est libre et gratuite pour tous.
 
Pascal Larue
 

 

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