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Lettre du 3 novembre2008

Chèr-e-s Ami-e-s,

Dans la crise qui menace, un ministre a déclaré : « Serrons-nous les coudes, nous sommes tous dans le même bateau ! ». Quelqu’un lui a méchamment rétorqué : « Dans un Yacht à Bolloré ou un Boat People en méditerranée… ». Et si nous sommes tous sur le Titanic, êtes vous sur d’avoir prévu les chaloupes pour les ponts inférieurs ? Pour ceux que vous refoulez quand ils cherchent l’air libre pour survivre encore un peu.

« D’où vient cette impatience démesurée qui fait maintenant de l’homme un criminel (…) ? Car, si celui-ci met le feu à sa maison après l’avoir assurée au-dessus de sa valeur, si les trois quarts de la bonne société s’adonnent à une fraude permise et se chargent la conscience d’opérations de Bourse et de spéculations : qu’est-ce qui les pousse? Ce n’est pas la misère véritable, leur existence n’est pas tout à fait précaire (…), mais c’est une terrible impatience de voir que l’argent s’amasse si lentement et une passion et un amour tout aussi terribles pour l’argent amassé, qui les poussent nuit et jour. Dans cette impatience et dans cet amour, cependant, reparaît ce fanatisme du désir de puissance qu’enflamma autrefois la croyance d’être en possession de la vérité, ce fanatisme qui portait de si beaux noms que l’on pouvait se hasarder à être inhumain avec bonne conscience (à brûler des juifs, des hérétiques et de bons livres, à exterminer des civilisations supérieures tout entières, comme celles du Pérou et du Mexique). Les moyens dont se sert le désir de puissance se sont transformés, mais le même volcan bouillonne toujours, l’impatience et l’amour démesuré réclament leurs victimes : et ce que l’on faisait autrefois pour l’amour de Dieu, on le fait maintenant pour l’amour de l’argent, c’est-à-dire pour l’amour de ce qui donne maintenant le sentiment de puissance le plus élevé et la bonne conscience ». F. Nietzsche in « Aurore ».

Les sociétés (les nôtres) qui ont progressivement fondé et étalonné toutes les relations humaines sur l’argent et son pouvoir se sont battues à mort pour mondialiser cette croyance : que le profit, et la cupidité qu’il engendre, seraient les seuls moteurs du génie et du progrès humain, au dessus d’autres principes tel que liberté, égalité, fraternité, relégués au rang de petites croyances régionales sympathiques, à utiliser en folklore décoratif mais sans efficacité. La Chine et la Russie en sont l’étonnant exemple, vouées aux gémonies et aux provocations guerrières tant qu’elles s’affublaient d’anticapitalisme, elles sont devenues des amis et partenaires incontournables. Pensez-vous qu’elles aient le moins du monde changé leurs organisations sociales, humaines dont les excès totalitaires étaient jadis le prétexte à la prolifération des armes de guerre ? Certes non, mais elles ont enfin adhéré au culte de l’argent. Chaque religion fabrique son intégrisme, avec le clergé libéral, la monnaie est divinité. « Les riches aiment l’argent, les pauvres détestent les riches qui aiment l’argent, mais envient leur richesse et la puissance qu’elle donne. Or l’argent est la puissance des impuissants. » Je pense être athée de ce côté-là, je n’ai jamais aimé l’argent. « Dieu nous en garde ! » Comme pour la plupart d’entre nous, je le respecte pour son utilité dans nos échanges mais je ne peux m’empêcher d’aimer ce couple sans argent de la cité qui vient chaque fois à nos spectacles en nous offrant des fleurs, des bonbons ou des gâteaux… De nombreux apôtres du dogme de la finance étaient à l’enterrement officiel de sœur Emmanuelle, encenser la charité soulage le remord du possédant à défaut de guérir la misère… quant au message de partage, de solidarité et d’amour plus fort que la mort qu’elle a enseigné, il berce l’agonie des enfants qui meurent de faim sans changer  chez les porteurs d’or cet amour impuissant à éclairer le monde.
Si vous posez la question a un enfant du désert : « Qu’est ce qui brille le plus, l’or ou le Soleil, il vous répondra, le Soleil, car sans lui, l’or ne pourrait pas briller ». Et avant de sauver les banques avec nos milliards de milliards (les banques ou les banquiers au fait ?) il serait bon de méditer cette phrase d’un grand homme de théâtre anglais, G. Bernard Shaw :
La façon la plus sûre de ruiner un homme qui ne sait pas gérer son argent est de lui en donner davantage encore.

Pascal Larue

 

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