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Lettre du 5 janvier 2009

Chèr-e-s Ami-e-s,

Nous débutons ces jours-ci les répétitions d’ « Electre », épisode de la tragédie de la Famille  des Atrides. Dans ce pays, La Grèce, il y a fort longtemps, des crimes horribles (massacres d’enfants tués par leur oncle, dévorés par leur père) ont engendré une suite de vengeance, et de vengeance de la vengeance.

Au fil des générations, le crime originel est oublié mais les pères sacrifient leurs filles pour du vent, les femmes se vengent en tuant leurs maris et les fils leurs mères.
Ce cycle infernal du crime pourrait nous paraitre archaïque si une actualité macabre ne venait nous rappeler que nous avons fêté cette année qui vient de s’écouler, une guerre de soixante ans au Proche Orient. Comme au moyen âge, les guerres de trente ans, de cent ans… Quel progrès a-t-on fait ?

Chez les grecs, il y a 25 siècles, pour que s’arrête la tragédie infernale, le poète propose d’instaurer la justice basée sur le droit. Ce droit pour résoudre cette tragédie du Moyen Orient existe, il est reconnu de tous : chaque peuple a droit à sa terre et à sa liberté.
Aujourd’hui Israël a une terre et les moyens de défendre sa liberté, y compris la violence atomique. Quoique que l’on pense de cette solution politique comme réponse à une autre tragédie abominable qu’est l’antisémitisme ayant conduit à la Shoa, Israël est un état libre. Le Monde le reconnait et ne laisserait pas imposer sa négation. Les juifs sont-ils un peuple ou une religion ? La question peut être posée et elle l’est, y compris par une jeune génération d’historiens israéliens. Quelque soit la réponse, ils ont droit de se protéger et de se défendre. C’est le droit et la justice.
Alors se pose une autre question ? Que nous avons le devoir de poser sous peine de nier ce droit et cette justice. Qui sont les palestiniens ? Pas une religion. Un peuple sûrement. Avec des religions et des fanatiques. Comme en Israël. Isaac Rabin, juste avant de faire la paix et de rompre le cycle de la vengeance fut assassiné par un fanatique. De son propre pays et de même religion. Ne jugeons pas, Jaurès fut assassiné, par un compatriote, quelques jours avant que ne soit déclaré la première guerre mondiale. Qui engendra la seconde. Qui fit la Shoa.
Alors revenons à notre question : Pourquoi le monde n’impose t-il pas les mêmes droits des palestiniens à une terre et à un état ? Parce qu’ils ont des fanatiques qui ne veulent pas la paix ? Israël aussi a les siens, nous l’avons vu, qui peuvent assassiner et empêcher la paix. Enfermer une population dans une prison à ciel ouvert avec à peine de quoi se nourrir et se chauffer, cela s’appelle un ghetto, et ne trouve nulle part de justification. Avoir vécu l’horreur ne nous vaccine pas contre le fait de faire violence à d’autres. Tous ceux qui s’intéressent à la santé du monde savent que cette guerre est un cancer dont les métastases vont bien au delà de la Palestine. L’injustice et l’humiliation faite à un peuple est toujours le meilleur moyen de nourrir les forces de la vengeance, de l’intégrisme, du racisme, elles véhiculent sur toute la planète des mots de haine, qui sont autant de bombes à retardements. « Œil pour œil rendra le monde aveugle » a prophétisé Gandhi. Les enfants de Sderot ou d’Haïfa ont le droit à la sécurité, ils ont une armée puissante et un état pour les protéger, ils peuvent manger et voyager. C’est juste. Les enfants de Gaza, qui les protègent ? Pourquoi doivent-ils mendier leur repas et le droit de voyager, avec ou sans les roquettes du Hamas, faut-il le rappeler ? Depuis 60 ans. Est-ce juste ? Si nous n’arrêtons pas cette guerre par des droits égaux à la terre, à la liberté pour la Palestine, gageons que le sang d’aujourd’hui justifiera celui de demain pour notre malheur à tous.
Alors, dans cent, deux cent ans peut-être, quand le premier président arabe israélien de l’histoire de cet état sera élu, qu’il se rendra avec son homologue palestinien né d’un couple mixte juif musulman au côté du premier chancelier allemand d’origine Kurde à s’appeler Isaac aux commémorations de l’élection du premier président noir américain, gageons qu’ils auront pour nos générations le même sentiment que nous avons quand nous pensons à ces grecs : « Quels barbares ! »                

Pascal Larue

 

 

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