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Lettre du 6 avril 2009

Chèr-e-s  Ami-e-s,

Le moral et la morale sont à l’ordre du jour. Notre moral(e) va mal ! « Il faut moraliser le système » nous dit on. « Un peu de décence s’il vous plait, cachez cet argent que je ne saurai voir. ». Mais qui le dit ?

Les fabricants défenseurs Tartuffe du système, ceux qui, il y a peu, en vantaient les mérites sans faille. Vous remarquerez, on parle pudiquement du « système », le nommer, surtout en bégayant serait obscène. Cela me fait penser à l’histoire du loup et des sept chevreaux. Les chevreaux ne veulent pas se laisser manger et crient « au loup ». Alors le loup a cette idée géniale, il se recouvre d’une peau d’agneau, met les pieds dans la farine et jure ses grands dieux qu’il est doux et bon, qu’il faut lui ouvrir la porte, qu’il est un ami, une victime. Tous les enfants comprennent que le loup est un fieffé rusé.
Je proposerais plusieurs sujets d’actualité pour les examens de fin d’année. En  philosophie : « L’immoral est-il moralisable ou le loup est-il un agneau qui s’ignore ? »  En biologie : « La jungle se transforme en petite maison dans la prairie sans changer d’écosystème,  décrivez. »  En mathématique : « Imaginez un gâteau de six parts acheté sur le marché. Vous avez six enfants de trois à quinze ans. Qui sera le plus compétitif, le plus performant, le plus gagnant-gagnant et raflera au moins cinq gâteaux sur six, sachant que le plus grand est le plus fort et qu’il repousse les plus petits, que le cadet est plus intelligent et convainc le plus grand de l’aider à gagner pour tout se partager, que les petits se regroupent pour crier et pleurer afin d’attirer votre attention ? Vous devrez alors intervenir, les petits prendront une baffe de votre main droite pour avoir trop crié et de l’autre main vous caresserez la nuque des grands en les obligeant moralement à laisser des miettes aux petits. Calculez : Combien de baffes seront nécessaires ? Combien il reste dans une part à laquelle on a soustrait trois miettes ? Qui n’a pas eu de miettes ?
Question subsidiaire : Sachant que le gagnant aura le droit de manger ses parts devant la télé en regardant une émission sur une usine où de petits chinois fabriquent cette marque de gâteau, les enfants chinois ont-ils eu moins, autant ou plus de miettes que les malheureux frères ? » En dissertation on pourra demander : « Dégager la morale de cette histoire. »
Alors les jours de désespoir, quand le moral est au plus bas, on se dit au moins il me reste la religion, l’église. Voilà au moins un système qui s’appuie sur une morale solide. Quand par hasard vous vous mettez à douter du sens moral du profit, de la concurrence, de la compétition, et même parfois du sens moral de la propriété privée qui autorise que 10% d’une classe de population possède 90% des richesses produites par tous, vous vous dites, au moins l’église, son sens moral, la charité, le pardon, l’amour de la vérité, sont un réconfort. Et vlan, quasiment la même semaine, votre Saint Père, votre Guide en moralité demande d’un côté expressément à réintégrer dans votre maison gardienne de ces belles valeurs, des antisémites pour qui la Shoah n’est pas même un détail puisqu’elle n’existe pas ! Et de l’autre, laisse chasser de cette douce demeure une petite fille de neuf ans violée par son beau père et avortée pour lui laisser une chance de vie. Il ne viendra à personne l’idée de chasser le violeur non repentant car le viol est un crime pardonnable, pas l’avortement. Alors une dernière question de moralité pour un examen de théologie : « Un violeur avec préservatif doit-il être excommunier ? » On va me dire tu exagères,  tu caricatures ignoblement, tu es de mauvaise foi ! Malheureusement pour les croyants, la foi n’a rien à voir là dedans et les faits sont têtus, ils ont bien eu lieu même si devant l’indignation on essaie de tempérer, d’excuser et de faire marche arrière. Tartuffe, quand tu nous tiens !
Il n’y a pas si longtemps les mêmes « systèmes », les mêmes croyances enrichissaient en vendant des esclaves, la morale était sauve, les esclaves étaient noirs et nos églises devisaient pour démontrer qu’ils n’avaient pas d’âme. Pas plus que les femmes d’ailleurs. Et ce n’est pas la morale qui les a fait changer d’avis mais des révoltes, des révolutions même (quelle horreur) et la peur de disparaitre. Ils ont crié : « On va se moraliser, on vous jure, on est des agneaux ».
On se dit heureusement il nous reste nos dirigeants, nos hommes politiques. Celui là, regardez, comme il s’émeut sincèrement quand un malade poignarde une passante. Quelle compassion pour la victime ? Il reçoit la famille dans son palais ! Il faut juger les fous. Quel sens moral ! Mais pas un suicidé en prison, pas un sans papier qui se défenestre, pas un SDF qui meure de froid n’a droit à un tel empressement. Son cœur est trop petit, il ne peut pas tout voir me direz vous. Mais pourquoi son émotion choisit toujours les victimes du destin, pas celles victimes des pouvoirs ou de leurs situations sociales ? Décidément la morale est sélective et si l’on devait compter sur elle pour régler les problèmes du monde et le faire avancer, aurions-nous les droits de l’homme ?
Alors dernière question pour les examens à venir : « Liberté Egalité Fraternité sont elles des valeurs morales ou des droits gagnées de hautes luttes ?    

Pascal Larue

 

 

 

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