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Lettre de Jean-Luc Bansard, du Théâtre du Tiroir
 
Le Camp de la Justice, de la Paix et la Fraternité perd une de ses belles voix : Notre compagnie est en deuil et pleure notre sœur militante de la paix entre Palestine et Israël : Sara Alexander chanteuse et comédienne qui a joué avec le théâtre du Tiroir la pièce RETOUR À HAIFA du Palestinien Ghassan Kanafani, est décédée le 28 mai 2009 à la Clinique du Parc Impérial à Nice. Née à Jérusalem, la chanteuse, auteure, compositrice, était depuis le début des années 1970, l'ambassadrice de la paix et du rapprochement entre Israëliens et Palestiniens. Ayant enregistré une dizaine d'albums et publié deux livres au cours de sa longue carrière, elle avait quitté Israël au lendemain de la Guerre des 6 Jours pour s'installer en Provence, puis à Paris. En novembre 2005, à la veille des émeutes en banlieue, elle avait entamé une tournée musicale dans les quartiers populaires d'Ile de France, afin de contribuer à apaiser les tensions intercommunautaires.Tournée qu'elle avait dû interrompre à la suite d'un diagnostic de cancer avancé. Elle s'est éteinte comme elle a vécu, en luttant avec amour et courage, entourée par sa famille et ses proche, travaillant encore quelques jours avant sa mort à la traduction en arabe d'un livre de poèmes avec le poète de Nazareth, George Farah. Son corps sera incinéré à Nice avant que ses cendres rejoignent sa Provence d'adoption.
 
 
" SARA, ma sœur
 
Tu as été notre facteur.
Le facteur enchanté de nos espoirs.
Dans la sacoche de ton cœur
Tu as apporté au Monde
des nouvelles de ton pays nouvellement construit
des nouvelles d'autres hommes emprisonnés dans celui-ci,
Des nouvelles de ce pays envahi et occupé depuis ,
Des nouvelles du loup de l’arbre et de l’oiseau.
Au point du jour, au coeur de la nuit,
Tu as partagé entre les hommes ce courrier.
Tu as fait ton métier de poète.
C’est ainsi que tu fus factrice .
Accordéon ou guitare en bandoulière,
Tu allais sur le bitume trépidant des grandes villes
Dans ta sacoche, il y avait seulement
les écrits de joyeuses nouvelles de l’espoir de deux peuples,
il y avait seulement la correspondance de l’espérance.
Ou bien tu étais dans le désert,
Sous les étoiles,
pour écrire les mots de tes concerts.
Dans les ténèbres  du dehors,
La tempête fait rage.
Une fillette malade brûle de fièvre.
Minuit !
et tu frappes à sa porte :
le facteur !
les yeux de cette enfant s’ouvrent tout bleus,
Son père demain reviendra de prison
Et toi avec tes chansons,
tu as trouvé sa maison.
 
Sur les scènes du Théâtre du Tiroir,
Musicienne et chanteuse,
Comédienne et tragédienne,
Dans Retour à Haifa,
Du poète assassiné Ghassan Kanafani,
Aux côtés de ton frère palestinien Nicolas,
De ta sœur Rayana, de Kamal et de Faycal,
tu as porté haut en cœur
la parole de deux femmes,
l’une palestinienne plantant l’arbre de la vie
et celle de Myriam, la rescapée des camps.
Pour chacune de tes paroles en scène,
pour cet Acte d’Union des deux peuples
dans la chaire et l’âme de ton corps
tu as donné à ceux qui ont vu ce spectacle
la force qui t’habitait pour conquérir un jour la paix
Merci Sara.
 
La maladie ne t’a pas empêché de crier
Qu’entre Palestine et Israél, pour toi,
il n’y avait pas de frontières,
mais l’amitié et l’amour entre deux frères.
Loin de tes deux pays superbes,
Tu étais le facteur porteur de nos dépêches d’amours
Alourdies de la tristesse de tes sœurs de l’exil
Chargées des malheurs des camps de réfugiés
où tu aimais aller chanter.
Dans ta sacoche, jusqu’au dernier soir,
Encore le printemps,
Encore des lettres pleines du scintillement de la musique des oiseaux et du parfum des herbes
Des lettres des enfants de Rammallah à Haifa
Des enfants de Jénine à Jaffa.
Dans ta sacoche, sur chaque enveloppe,
Tu as tamponné de ta main
en lettres majuscules dans tes trois langues
les mots Paix, Shalom et Salam.
 
Sara, tu nous quittes,
En nous laissant ta sacoche de facteur.
Elle est encore pleine des chansons de ton combat jamais arrêté.
Permets-nous, tes camardes de scène et moi
de continuer à poster tes lettres d’amour
Pour ceux qui attendent que leur père, leur mère, leur oncle sortent enfin de la prison que tu as condamnée de ta voix forte et sans concession.
 
MERCI SARA,
tu manques déjà au combat qu’EN TON NOM, désormais nous voulons poursuivre pour atteindre enfin cette Paix que toi, tu as mille fois méritée".

JEAN LUC, metteur en scène, au nom de tous les spectateurs qui t’ont vue en scène, au nom de toute l’équipe du spectacle RETOUR À HAIFA, spectacle auquel Sara, par ta seule présence, par ta chaleur, tu as donné tout son sens au mot Fraternité.

 

 


 

 

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