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Lettre du 1er septembre 2005

Chèr(e)s ami(e)s,

Depuis longtemps notre théâtre a des amis russes, à Novossibirsk, capitale de la Sibérie et depuis cet été nous les accueillons pour une aventure commune, partager avec eux deux mois de répétitions et notre prochaine création : « La Cerisaie » d’Anton Tchekhov.
Sergueï Afanasiev est reconnu en Russie pour son talent à mettre en scène Tchekhov (certains se souviendront de cette « Mouette » superbe jouée à Chaoué en 95), il a travaillé toutes les pièces sauf celle-ci, sans doute la plus belle, la dernière de l’œuvre.
Quinze ans après notre expérience des « Trois sœurs » avec le théâtre Tembr, c’est une grande joie de retrouver cet univers. Tchekhov était un homme remarquable que je ne cesse d’admirer. Mort à quarante ans, il a eu trois vies : médecin, journaliste et l’un des plus grands auteurs de son pays. Chez lui, jamais rien n’est figé, tout bouge ! Comme la vie, le monde de Tchekhov est en perpétuel mouvement, en état de changement, de transformations permanentes. Ainsi, La Cerisaie, n’est ni comédie, ni tragédie, le temps y passe, vite, (« le temps brûle » dit un personnage) tantôt grave, tantôt souriant, parfois les deux ensemble sans que l’on s’en aperçoive, sauf à la fin , et il est trop tard…
Un monde meurt, un autre va le remplacer, entre les deux quelques personnages vont se prendre les pieds dans le tapis, essayer de se rencontrer, de s’entendre, parfois de s’aimer… Dans ce « jardin des cerises » (traduction littérale) c’est un monde inutile, improductif qui doit disparaître au profit d’une nouvelle société où l’utile, qui produit de l’argent, va dominer.

Tchekhov (mort en 1904) vivait dans une époque où la noblesse, et son mode de vie futile de minorité gaspilleuse, allait laisser la place à un monde nouveau. Depuis, il y a eu la révolution russe, ses échecs et le capitalisme triomphant. Il est intéressant, un siècle plus tard, quand de nombreuses voix appellent de leur vœux l’avènement d’un monde libéré de la dictature du tout utilitaire et du tout productif, d’entendre cette pièce. Elle résonne avec une humanité plus large, plus complexe. Tchekhov n’est pas l’homme d’un camp*. Il observe les hommes avec une distance tantôt attendrie, tantôt moqueuse, pour mieux les aimer sans doute, avec compassion malgré leurs égarements… Parmi les accessoires de La Cerisaie, on voit une guitare et un fusil…

Mais avant de vous accueillir avec Tchekhov, le samedi 24 septembre nous ouvrons le théâtre pour vous présenter l’ensemble des compagnies en résidence cette année. Nous vous attendons comme les années passées vers 19h pour un apéritif. Chaque compagnie présentera son travail de façon vivante et ludique puis nous partagerons les plats que chacun apporte. Enfin, afin de bien recevoir nos amis russes, vous êtes convié à "un concert exceptionnel : Les Kreisleriana de Robert Schumann, interprétés jusqu’à la folie par Olga Maximovitch (Irina Chpirko) et présentés par le professeur Thaliway (Nigel Hollidge)…

 

A bientôt de vous accueillir,

Pascal Larue
 

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