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Lettre du 1er novembre 2010
Chèr-e-s Ami-e-s,
J’ai reçu ce courrier, je ne peux m’empêcher de vous le transmettre.
« Nous étions inquiets, enfin une bonne nouvelle !!! Au moment de la contre-réforme des retraites, et en ces jours de manifestation, certains n'ont pas à se faire de soucis !
Le groupe LVMH dirigé par Bernard Arnaud, grand ami de notre président, accueille deux petites nouvelles au sein de son conseil d'administration :
- Mme Bernadette Chirac,  jeune espoir de la finance française, grande spécialiste du luxe à travers le monde, est nommée au conseil d'administration de LVMH.
- Mme Florence Woerth, femme du ministre du budget est nommé au conseil de surveillance de la société Hermès, filiale de LVMH.
Gageons que ces nominations assureront à leurs maris une partie de leur retraite et ne les obligeront pas à travailler jusqu' à 63 ans, voir 67 ans.  Mme Woerth était déjà en charge de la gestion du patrimoine de Liliane Betancourt, 1ère fortune de France ! Petit détail : la participation au conseil d'administration d'une entreprise donne droit à des "jetons de présence" venant rémunérer ce pénible travail … Ainsi,  Mme Chirac recevra 650 000 Euros par an en juste retour de son dévouement à la cause du luxe français (ça fait combien de pièce jaune) et Mme Woerth 400 000 Euros ! Calmez-vous ! Tout est en règle, tout est légal. C'est simplement la vie normale de gens qui "se lèvent tôt" et qui "travaillent plus pour gagner plus". Et puis, c'est rassurant de voir que l'on s'occupe de l'emploi des seniors… »
C’est juste la vie normale et morale des bons serviteurs du capital.
Faites suivre la bonne nouvelle.
Et puisque nous sommes dans les citations, voici quelques monuments qui sont au panthéon de notre république :
Le Directeur :-« La Compagnie est une providence pour ces hommes, vous avez tort de la menacer, elle a dépensé trois cent mille francs à bâtir des corons qui ne lui rapporte pas le deux pour cent, et je ne parle ni des pensions qu’elle sert, ni du charbon, ni des médicaments qu’elle donne. Vous qui paraissez intelligent, qui êtes un de nos ouvriers les plus habiles, ne feriez vous pas mieux de répandre ces vérités-là… afin de sauver nos fosses de la pourriture socialiste…
Etienne :-« …Notre désir, par malheur, est que la Compagnie s’occupe moins de nous et qu’au lieu de jouer le rôle de Providence, elle se montre tout bonnement juste en donnant ce qui nous revient, notre gain qu’elle se partage. Est-ce honnête, à chaque crise, de laisser les travailleurs dans la misère pour sauver les dividendes des actionnaires ?...Monsieur le Directeur aura beau dire, le nouveau système est une baisse de salaire déguisée, et c’est ce qui révolte, car si la Compagnie a des économies à faire, elle agit très mal en les réalisant uniquement sur l’ouvrier.
Le Directeur :-« Ah ! nous y voilà, je l’attendais, cette accusation d’affamer le peuple et de vivre de sa sueur !
Comment pouvez-vous dire des bêtises pareilles, vous qui devriez savoir les risques énormes que les capitaux courent dans l’industrie…c’est stupide d’accuser de cruauté celles qui réussissent. Quand leurs ouvriers souffrent, elles souffrent elles-mêmes. Croyez-vous que la Compagnie n’a pas autant à perdre que vous, dans la crise actuelle ? Elle n’est pas la maîtresse du salaire, elle obéit à la concurrence, sous peine de ruine. Prenez-vous en aux faits, et non à elle. Mais vous ne voulez pas entendre, vous ne voulez pas comprendre ! »
Etienne :-« Si, nous comprenons très bien qu’il n’y a pas d’amélioration possible pour nous, tant que les choses iront comme elles vont, et c’est même à cause de ça que les ouvriers finiront, un jour ou l’autre, par s’arranger pour qu’elles aillent autrement. »
Zola a écrit cela dans Germinal en 1885. Le temps passe, pas la lutte des classes. Amusons-nous à compter les mots qu’il faudrait changer pour retrouver ce dialogue dans les grèves d’aujourd’hui. Quasiment aucun. Ah ces ouvriers, incorrigible !
Et le grand Victor Hugo qui osait écrire dans Les Misérables quelques années auparavant :
« De quoi se compose l’émeute ? de rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte.
Où ? Au hasard. A travers l’état, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres. Malheur à celui qu’elle emporte comme à celui qu’elle vient heurter ! Elle les brise l’un contre l’autre. Il y a l’émeute et il y a l’insurrection ; ce sont deux colères ; l’une a tort, l’autre a droit. Toutes les protestations… même les plus légitimes, même le 14 juillet débutent par le même trouble. Avant que le droit se dégage, il y a tumulte et écume. Au commencement l’insurrection est émeute, de même que le fleuve est torrent. Ordinairement elle aboutit à cet océan : Révolution. »
Les français sont nourris dès la naissance de cette littérature, pas étonnant qu’ils soient toujours prêts à descendre dans la rue.
Qu’est-ce qu’on attend pour supprimer Zola et Victor Hugo des programmes scolaires et faire disparaitre Gavroche, ce jeune voyou, une fois pour toute !
Un conseil à nos gouvernants, celui attribué à Brecht pour Staline : « Si le peuple se trompe, il faut dissoudre le peuple. »
 
Pascal Larue
 

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