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Lettre janvier 2011

3 Janvier 2011

Chèr-e-s Ami-e-s,

Chacun de nous devrait avoir le loisir de s’écrire un dictionnaire personnel,

quelques jours de congés et de solitude à chaque nouvelle année devant une liste de mots à choisir et définir : avec souvenirs, exigences de sincérité, émotions et imaginations,  pour qu’au final une part de notre vérité puisse se comparer aux définitions des autres. Voilà un exercice citoyen qui devrait faire partie de notre temps de travail. Étendre notre vocabulaire par la connaissance des mots des autres et confronter notre compréhension de nos mots communs. Et puis avec les mots  il y a leurs résonnances, ainsi sous le mot « mot »se cache parfois nos maux, et nommer le mauvais peut nous aider à nommer le bon. Bon, je commence, je vous livre quelques uns de mes mots préférés. Évidement à la lettre A me vient le mot… Acteur…

Acteur : Ce corps poétique, qui se donne et donne à voir, dont le regard croisé m’illumine de l’intérieur.

Pas si fréquent finalement. Bien entendu il faudrait définir corps et poétique.

Alors pour rassurer tous mes collègues devant la difficulté, j’ajouterai : Eternel apprenti de l’imaginaire.

Par comparaison on trouve dans les documents de l’Union Européenne cette définition futuriste : Agent récréatif.

Preuve que derrière un même mot se cachent des imaginaires différents et en l’occurrence cette tristesse, parfois pas d’imaginaire du tout. Imaginaire est un joli quintasyllabique pour lequel mon fils m’a donné un jour cette belle définition : « L’imaginaire papa, c’est donner de l’air à une image. » Elle m’accompagne encore cette métaphore d’enfant. Je  ne sais pas quelles définitions trouveront les enfants des agents récréatifs mais mon voisin coiffeur s’appelle récréa-tif. De là à penser qu’un acteur est quelqu’un qui coupe les cheveux en quatre…

Me viennent aussi les grands mots, les mots bateaux dont nous sommes prisonniers, je pense à Amour ou Liberté. Ils en imposent ceux là, il faut les aborder avec simplicité.  Alors pour Amour, je dirais : Les miennes. Ce et ceux que j’aime, ai aimé et qui vivent avec moi. A l’intérieur. Tous mes objets d’amour. Mon monde à moi. Amour est un masculin singulier féminin pluriel. Le seul mot dans ce cas je crois. On dit donner de l’amour mais on ne peut pas l’acheter. Il est possible de vendre son âme, au diable par exemple, mais pas son amour.  Dans une époque où l’argent récréatif active le désir de tant de gens et leur fait dresser les cheveux, c’est un mot précieux. Pourtant Marchand d’Amour, si cela pouvait exister, serait un beau métier. Plus excitant à mettre en bourse au sein de nos sociétés de  marchands de canons que tous les engins de mises à mort.

Alors pour Liberté je citerai Rosa Luxembourg : « Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaines. »

J’en vois qui baissent la tête pour regarder leurs chevilles. Mais baisser la tête n’enlève pas les chaines, au contraire, et les chevilles gonflées ne sont pas que des signes de fers aux pieds.

On peut aussi s’amuser à définir les mots imposés, ceux que vous entendez tous les jours à la télé, tenez prenons,

Insécurité : La peur de perdre quelque chose sans savoir quoi ? Son travail, son argent, sa tête, sa vie… ?

Par opposition qui n’a rien à perdre devrait se sentir en sécurité : Les chômeurs, les pauvres, les fous, les morts… Mais être un perdant aujourd’hui, avoir tout perdu, est mal vu, mal vu les sans travail, les sans le sou, les fous et même mal vu les morts, enterrés vite fait bien fait. Alors les gagnants avec le travail et le capital sont condamnés à l’insécurité tant qu’ils sont vivants. Rendez vous au Paradis pour les croyants, les autres se retrouvent au café du coin, quand t’as pas un radis tu trouves toujours les moyens de boire un coup. On vous donne aussi rendez vous dans notre théâtre, c’est gratuit. L’entrée est libre, on participe selon ses moyens à la fin. Gratuit, en cette saison, est intéressant pour des définitions comparatives : Je dirais Gros Mot. Vous savez ces mots impolis qu’il ne faut pas utiliser en bonne société. Mais c’est difficile de se débarrasser des gros mots. Ils prennent de la place. Alors on essaie de les remplacer, par exemple à la place de M… on doit dire Zut. Mais ce n’est pas pareil, tout le monde le sait, une petite hypocrisie linguistique. Avec Gratuit, de bonnes âmes essaient Charité mais Charité est à Gratuit ce que Zut est à Merde, une autre hypocrisie. Dans la gratuité s’entend le partage d’un espace qui appartient à tous, avec charité va  Propriété privé, le propriétaire se montre charitable. Propriété est justement un mot que l’on oublie de définir depuis quelque temps. Il y a des hypocrisies mais aussi des amnésies linguistiques dans chaque époque et dans chaque contrée. Malheureusement j’ai droit à une page et elle est pleine. Si vous voulez jouer à ce petit jeu de mots, c’est un exercice aussi utile que toutes nos résolutions de nouvelles années que l’on oublie si vite. Bonne année et bonne santé…

Pascal Larue

 

 

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