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Lettre du 3 novembre 2011

Chèr-e-s Ami-e-s,

Je viens de fonder la L.C.C.C.B.php, la Ligue des Clowns Contre le Comique Boursier pour un humour poétique.

Un siècle après le comique troupier qui a bien failli tuer notre profession par l’appauvrissement généralisé de nos humours, le comique boursier fait aujourd’hui, et depuis déjà pas mal d’années, des ravages dans nos sociétés modernes où notre jeunesse entend à longueur de jingle et sur toutes les fréquences : « Nos bourses gonflées artificiellement par des bulles qui spéculent vont éclater ». Comique de répétitions éculé, cette obscénité liée à cette « Main invisible du marché » qui secoue et ébranle les bourses susnommées, et avec elles le Monde, ne les fait plus rire. Mon plus jeune fils, en écoutant à la radio la dépression des bourses présentées par le mal nommé Jean Pierre Gaillard m’a demandé si cette Main, qu’on ne voit pas marcher et qui nous touche, n’était pas celle d’un tueur d’enfant. Je ne savais plus quoi rire. Cet enfant SDF mort en naissant dans la rue, hier à Paris, n’en aura pas non plus l’occasion. Ni d’ailleurs les sociétés n’ayant pas acquis le statut de moderne, que l’on reconnait à trois critères : elles n’ont pas de bourse, on y meurt de faim et pourtant elles se reproduisent. Les Comiques Boursiers nous susurrent qu’elles attendent que la « Main invisible du marché » vienne les caresser. Mais il faudra attendre avec patience, car en ce moment le marché est déprimé, une profonde crise d’angoisse le paralyse et au fond de leur pension les retraités californiens devront avaler une pilule amère, les actionnaires du cacapipitalisme risquent une crise d’incontinence si tous les pauvres du monde entier ne découvrent pas leur … partie charnue … afin qu’un doigt de la « Main invisible » vienne évaluer la profondeur du mal. Pour les préparer à ce toucher le Fond Misérable International s’emploie à leur faire prendre un bouillon, une soupe à la grimace, un purgatif pour remettre le marché en route. Essayant d’arguer que ce n’est plus drôle, qu’il était peut-être temps de changer de registre, qu’un monde autrement plus léger, porté par des humeurs d’humours colorées d’où seraient bannies les arêtes dans le potage, où les sourires ne seraient pas à vendre, est possible ; que nos rêves où les mains sont faites pour se donner et les colombes s’y reposer sont des profits sans pertes, et en soupirant je rêvais qu’il est possible de rêver, que si les marchés sont insomniaques et marchent sur la tête, on n’est pas tous obligé de dégringoler l’escalier, de perdre le sommeil pour tenir la chandelle à des bourses somme en bulle, que « la situation n’est pas grave mais désespérée » et que pour cette raison il faut mieux en rire et rêver … C’est alors qu’un Clown en costume gris avec cravate nationale saupoudrée d’étoile dorées sur fond bleu m’a crié dans le poste : « Va te faire chez les grecs ! » A cet instant l’idée de créer la L.C.C.C.B. a germé dans mon esprit. Un second Clown gris avec la même cravate, mais plus fine, m’a parlé de « médecine nécessaire, d’un clystère de sa fabrication, inventé et formé dans les règles de l’art, qui devrait faire dans les entrailles du monde un effet merveilleux ; et que de renvoyer ce remède avec mépris serait action basse, crime de lèse-bourse qui l’obligerait à rompre tout commerce avec nous, à nous abandonner à notre mauvaise constitution, à la corruption de nos sangs scrupules, à l’âcreté de nos villes et la féculence de nos humeurs. » Et il m’a juré doctement avec force conviction que « dans quatre jours nous devenions dans un état incurable, que nous tomberions dans la Bradéconomie, et de la Bradéconomie dans la Dycotonomie, et de la Dycotonomie dans l’Apéticonomie, et de l’Apéticonomie dans la Liéconomie, et de la Liéconomie dans la Disétoconomie et de la Disétoconomie dans l’Hydréconomie, et de l’Hydréconomie dans la privation de la vie où nous aura conduit notre folie. » J’ai crié : « Jean Baptiste au secours »…
Réveillé en sueur par la sonnerie du téléphone, je décrochais, c’était mon ami Pérotin, pédagogue forain du F.O.U., Fond pour l’Opulence Universelle (dont la devise est « Blood sweat and tears »). Le Fond pour l'Opulence Universelle vous promet « du sang pour cent, de la sueur d'énarque et des larmes de crocodile sur dents de requins ». Avec le FOU « la pauvreté peut être le pétrole de la France, un gisement fantastique d'emplois dans la police, l'éducation très surveillée et le gardiennage
généralisé des âmes et parkings. » Il me propose d’adhérer à l’Association des Gueules cassées du CAC 40 présidée par Lessy Cave et de passer une alliance entre les doigts du F.O.U. et de la L.C.C.C.B. afin de mettre à jour la partie de « Cash cache » à laquelle se livrent ces comiques sans âmes dans des paradis pleins d’artifices et sans ciel, frico, frisquet, freak So, fiasco… je ne sais plus très bien…un jeu où la seule poésie se résume à des fleurs en papier dont les pétales s’entassent en paquets rectangles chiffrés sur des fonds plasma sonores aux couleurs criardes. Notre devise sera celle des indignés du monde entier :"Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir".

Puis totalement réveillé par le radio réveil, j’étais rassuré, ma météo prévoyait un temps plutôt chaud pour la saison.

Pascal Larue

 

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