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Lettre du 1er mars 2012

Chèr-e-s ami-e-s

Le langage peut-être une arme, les mots des projectiles.


Vous avez remarqué comment depuis deux décennies un certain nombre de mots sont entrés par effraction, matraquage, gavage dans nos têtes. Et ils sont là, tapis, mines anti-personnelles prêt à exploser. Prenons-le plus récents :
Vous entendez dette et vous avez envie de courir voir votre compte en banque. Une angoisse d’avoir manqué à votre devoir envers un autre vous
étreint. Quand le mot chômage est activé, une peur explose sous votre crane, la sensation d’être abandonné vous envahit ; ce sont des armes
chimiques de destructions massives qui nous touchent tous, concerné ou pas par l’événement qu’ils évoquent. Même ceux qui les envoient sont
touchés. Tenez, prenez le mot Argent, immédiatement chacun évalue son niveau de brillance et de visibilité. Nous voyons un ciel d’étoiles et nous
cherchons où est la notre. L’angoisse cette fois est d’être invisible, sans brillance, de tourner dans le vide, comme les autres mais sans être vu. La
seule chose pour se rassurer est que certaines étoiles que nous voyons briller sont déjà mortes en réalité. Et puis il y a les beaux mots dont on
espère tant, qui sont des douceurs ou des fortifiants, je pense par exemple à Solidarité ou Identité… auxquels on a collé un adjuvant ou un colorant
ou…un conservateur, oui c’est ça un conservateur… Et ces mots merveilleux deviennent imbuvables, génétiquement modifiés. Cela donne
Solidarité Nationale, National est un conservateur colorant adjuvant puissant. Seul il a gardé une certaine noblesse mais lorsque Solidarité National
se déclenche vous êtes dans une farandole où ceux qui viennent de vous licencier, de baisser vos salaires, de couper votre retraite… vous tendent
une main, Rolex au poignet, et vous devez dire merci pour la danse… Alors Identité Nationale se déclenche, le cauchemar noir se réveille, vous
trinquez avec un antisémite qui vous propose d’aller taguer une mosquée pour changer !
Depuis quelques jours un groupe de citoyen se réunit pour préparer une indignation, une résistation debout, une résoluinvention de notre libération
nécessaire du penser libéralistique unique qui nous matraque à coup de presse son cours boursier et sa dette avec l’impudence de vouloir nous la
faire payer. Chacun pour soi pour empocher, solidaires pour rembourser est la riche rime des chansonniers de cette ritournelle du siècle nouveau,
qu’ils voudraient en sus nous faire chanter en choeur, recyclant de vieux refrains qui ont conduit au pas cadencé d’anciens désastres qu’on aimerait
passé. Commencer par le BA Ba, se réapproprier les mots pour libérer les maux de cette casse qui nous brise sur l’air du mépris souverain, pour
redonner corps à nos vies et une chair à demain, et à deux mains réinventer un avenir où utopie et poésie cesseraient de rimer avec tout profit, où
le monde ne peut pas être que jouit par les uns et subit par tous les autres. Réinventer les vieux rêves du vivre mieux ensemble, et ne plus douter
que ce sont bien ces utopies portés par d’autres avant nous qui ont fait reculer les barbaries, est le premier pas. Commencer par déminer les
mensonges grossiers de cette pensée où Liberté est celle du loup d’entrée dans la bergerie, Egalité celle de l’être plus que d’autres et la Fraternité,
une affaire de notaire. Les lettres, en d'autres sens, nous disent autre chose...

Argent: …ragent, ils enragent pour en engranger toujours plus. Gare à cette gangrène !
Bourse : éros bu, lu, vécu... l'anagramme est plus stimulant, moins obscène que son original, non ?
Crise : scier, tout et n'importe quoi pourvu que ça enrichisse les possédants et silence s’il vous plait, si tu cries c’est indécent !
Déréguler : dégueuler voilà l’obscénité de cette société de consommation dont nos poubelles débordent quand d’autres se servent de nos sacs plastiques pour toute couverture.
Emploi : mol épi. L'anagramme a raison, le travail rapporte trop peu de blé comparé aux machines, dividendes et autres rentes.
Finance : canif né. « Faut qu'ça saigne » comme dirait Boris Vian. Faut couper pour gagner.
Globalisation : ablation logis (non t'as pas payé ton loyer, ducon!)
Hémorragies budgétaires : Orgies d'Ubu, eh! La rage de se taire!
Insécurité : Sinécure récurrente de nos rentiers pour faire rimer austérité, vieux filon à distiller la peur pour dissiper les espoirs. Rêve de les ruiner dans leur sinécure avec une cure de sincérité.
Justice sociale : assujetti la loi… à qui ?
Krak : racket et drogue des boursiers, ils jouent au grand casino mais le monde crache et se crash. Traquer les traders pour qu’ils craquent...
Libéralisme : Bile amer libre de mise à mal.
ModernisationMondialisation : Morne station d'un monde au soin.
Nucléaire : Il énucléerait nos vies l'air de rien si nul n'éclairait nos lunaires ignorances et nos borgnes myopies.
O.M.C. : De qui se moque t-on ? Ordonner la Médiocrité Canonique.
Partis populaires: tapis pour plaire aux poulpes.
Quotas : tacos et tacots toqués, vieille guimbarde à faire du bruit et grosse galette à nous bourrer le mou. Sous la toque du savant des quotas se cache souvent l'ost racisme des incultes.
Restructuration : Attention truc rusé qui se cachent derrière La
Réforme : O ferme là !
Sécurité : Voir Insécurité…
Trou : Tour de magie, vision d’une une chute vertigineuse de nos acquis allant de pair avec une ascension de leurs profits.
Union Européenne : Uni pour notre peine. Voir Grecs.
Valeurs : Valseur, paravents de moralité, tournent au gré des intérêts. Être droits dans ses valeurs permet d’oublier de sauver les droits.
Wall Street : Law tester, testeur de loi, parlement de l’argent, ses possédants circulent impunément, tous les autres sont contrôlés.
Xérès : Exérèse est une ablation, une opération chirurgicale. Bois ton vin, sois grec et tais toi, on t’opère.
Yaka : Kay Kay, cri politique sans suite.
Zone de non Droit : Noir déniez vous taire, autres couleurs idem hormis la blanche.


Vous pouvez tous participer à cet Abécédaire collectif et plus encore si la plume vous en dit et nous retrouver avenue de la Libération à Le Mans, le
samedi 24 mars 2012 afin de partager cette journée et « de porter en voix, en paroles, en musiques, en écrits le soulèvement du réel concret ».
Retrouvez nous sur http://soupealortie.over-blog.com pour plus de renseignement sur cette journée citoyenne. A bientôt
Pascal Larue

 

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