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La lettre du 3 Septembre 2012

Chèr-e-s ami-e-s,

Confortablement installé au volant de ma voiture ce matin, en passant devant un pré jauni par le soleil, j’ai vu un bœuf, un gros bœuf la tête pris dans les barbelés, pointe enfoncé dans son cou qui s’acharnait à vouloir brouter l’herbe du fossé. Il poussait si fort que je me suis demandé s’il serait capable de casser la barrière. Il faut dire que l’herbe du fossé était verte, grasse et le champ bien sec. Dans la voiture les informations évoquaient le flux d’immigré venant principalement d’Afrique et des pays touchés par la sécheresse, qu’il fallait réguler, c'est-à-dire empêcher d’entrée ou refouler. Je me suis dit, j’espère que les barbelés sont assez solides, sinon il faudra renforcer les clôtures, imaginons que ces animaux puissent passer les barbelés, nous risquons de graves accidents. Je me suis mis à réécouter les infos et justement le Ministre promettait de remettre aux programmes des écoles une morale pas chrétienne, mais laïque et citoyenne. J’ai eu une pensée émue pour ces pauvres gens qui meurent de faim et qu’il faut renvoyer en avion dans leur désert. Peut-être dans les nouveaux Airbus A380 que j’ai pu visiter cet été dans les usines de Toulouse avec mes enfants. Ils peuvent contenir 525 passagers avec des tas de performances uniques nous a confié une hôtesse souriante. Ce qui justifie largement son coût de plus d’un demi-milliard d’Euros pour un modèle standard. La capacité des hommes à produire des merveilles technologiques est toujours un étonnement.  Belle visite instructive. Mais le plus étonnant est que nous avons eu la chance unique, toujours d’après l’hôtesse charmante d’approcher un des cinq premiers avions fabriqués, ce qui d’habitude ne se fait pas. Devant notre étonnement de ne pas voir de marque d’une compagnie sur le fuselage, elle nous avoua après un petit temps de suspense amusé qu’il venait d’être vendu à un particulier et qu’il consommait quinze mille litre de kérosène au décollage, ce qui pour 525 places était peu, ajoutant beaucoup moins en moyenne par passager que votre consommation de voiture au cent kilomètre. Évidement le modèle pour le particulier serait équipé d’appartement privé avec jacuzzi et sauna. Dans le poste il était justement question du prix des carburants qui avaient augmenté de douze centimes environ mais qu’on allait faire baisser à six pour nous rassurer. J’ai ralenti ma vitesse en me souvenant d’une publicité sur les économies d’énergie à réaliser soi-même. Le moteur de ma voiture, française fleuron de notre technologie et performante, a ronronné doucement. Je me suis souvenu, je ne saurai dire pourquoi, que le soir après notre visite, en se lavant les dents, mon fils voulait savoir comment une personne seule pouvait acheter un avion de 525 places. Je lui ai demandé de fermer le robinet pour ne pas gaspiller l’eau et répondu qu’il avait peut-être une grande famille. Le lendemain matin je m’étais disputé bêtement avec ma femme qui éteint les multiprises chaque soir parce que mon portable n’avait pas pu se recharger ! La radio a continué de nous informer en insistant sur la nécessité de retrouver la croissance chez nous pour retrouver la confiance, il faut booster nos performances sinon d’autres avec de meilleurs performances viendront brouter nos bonnes herbes, optimiser nos consommations d’énergie en consommant moins chaque fois pour consommer plus d’autres fois. Notre président a dit que nous étions attaqués par les spéculateurs de la finance, que les Français devront  faire des efforts et aider les banques. Je me demandais la différence entre banque et finance quand une brève annonçait que la première fortune de France avait demandé à devenir belge. Une bonne blague s’il n’y avait toujours une cinquantaine de mort par jour en moyenne en Syrie depuis un an mais la majorité des pays du monde a promis de faire quelque chose au plus vite. L’émission s’est terminée par le récit d’un voyageur venu alerter la planète, la jungle est en voix de disparition comme la banquise, puis un jingle suivit d’une publicité pour une banque. J’ai changé de station devant un panneau annonçant un forum sur la démocratie participative et je suis tombé sur une émission de santé mentale. Il était question de schizophrénie, une maladie qui fait souffrir de plus en plus de gens et qui posent beaucoup d’énigmes aux scientifiques.  Le terme schizophrénie vient du grec skhizô, « je divise » et « phrên », esprit. Ceci se traduit par une dissociation entre l’idée, le comportement, et la teneur affective contenus normalement de façon harmonique dans un même moment. Ainsi l'ambivalence, qui signifie ici la tendance du sujet schizophrène à avoir à l'égard d'un même objet des sentiments et des attitudes contradictoires et simultanés. C’était le jour de ma rentrée au travail et je répétais mentalement un bout du texte de mon prochain spectacle : « …j’aurai aimé être Lunaire, un philosophe mais un philosophe avec humour. Pour Lunaire, y’a les philosotrophores et les rigolos. Lunaire dit qu’entre les deux il y a la philosorie et la rilosophie, l’amour du rire et le rire de la sagesse. Il y a toujours le rire. C’est là qu’on se retrouve. Le rire ça nous réunit. Mais Lunaire il dit que le rire c’est fragile… »          

 

 Pascal Larue, le 03 septembre 2012                                          
 

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