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lettre octobre 2013

Chèr-e-s ami-e-s,

Léonarda est au Kosovo, pays dont elle ne parle pas la langue et où elle ne peut pas aller à l’école.

Ce qui le plus éprouvant dans cette désolante histoire, ce n’est pas, comme ergotent beaucoup de commentateurs politiques, de savoir si la loi a été ou non appliquée; ce qui me semble le plus grave est que sans doute la loi a été appliquée, ce qui signifie que nous avons dans notre pays des lois qui permettent d’expulser légalement une jeune fille de quinze ans scolarisée depuis plus de quatre et qui parle parfaitement notre langue. Voilà le vrai scandale.

Ce qui est exaspérant est que depuis un mois les écrans de tous cristaux, les journaux, les feuilles de choux et les news lettres donnent la parole à des responsables de tous poils qui ne parlent que d’une chose : la majorité des vrais français de souche, de terroir et de bon sang bien rouge qui tâche et qui fâche serait-ils devenu extrémiste, fasciste, raciste et bleu marine ?

Ce qui  est encourageant et revigorant c’est que la réalité et les évènements leur donnent tort, ce scandale est en passe de révolter les jeunes de notre pays et ce sont collégiens et lycéens qui viennent donner une leçon de justice et de morale à des responsables  adultes qui ont perdu tant de repères dans la lutte des places. Ils sont désemparés de voir que leur politique de compromis permanents aux idéaux les plus éloignés de leur rêve de jeunesse fait le lit des plus fous et sont incapables d’avoir le courage de mettre leur pratique en conformité avec ce pourquoi ils ont été candidats élus.

Il y a après les drames récemment médiatisés de Lampedusa des larmes de crocodile démasquées. Qui pourra croire demain à votre compassion devant les tragédies que vivent les abandonnées de la terre ?  Et les plus cyniques de murmurer « S’ils se noient pas besoin de les expulser ! » Les autres sont renvoyés à une schizophrénie qui devrait les conduire en chambre de soins avant celles de chambres des lois.

Vivre ensemble est-ce la liberté de circuler des capitaux qui entrent et qui sortent au gré des cupidités les mieux installées, se cachent dans toutes sortent de paradis pendant que les hommes meurent dans toutes sortes d'enfer, sur les mers et les déserts, pleurent dans des zones d’expulsion pour fuir les guerres, l’esclavage et les douleurs de toutes sortes ? La lutte des places a remplacé la lutte des classes dans nos consciences dirigeantes mais les damnés de la terre continuent de nous regarder.

La présence d’une jeune fille de quinze sans passeport dans nos écoles mettrait en péril notre république, notre nation, voir notre patrie dans ses valeurs, voilà ce qui disent nos lois. Je ne me sens pas appartenir à un pays qui a de telles lois, le pays que j’aime est celui de Victor Hugo dans vous faites tant usage dans vos discours ; "quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison" il aurait ajouté aujourd’hui « quand vous expulser une enfant de son école, que construisez-vous ? Rien ! Vous détruisez une conscience, une intelligence, une fraternité, vous construisez un mur. »

Vous êtes nos Pairs, sommes nous sur le chemin de la maturité... ? « Quand l’homme sera mûr, ils disparaitront » disait un clown poète dans un spectacle. Le chemin est encore long. Je suis fier des enfants, de nos enfants qui descendent aujourd’hui crier, le nom de Léonarda et de tous les autres, dans la rue. Vous ne voyez pas ce qui arrive, ce qui nous arrive, nous vivons dans un monde d’aveugle ?

Pascal Larue le 18/10/2013

« Le passeport est la partie la plus noble de l'homme. D'ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu'un homme. On peut faire un homme n'importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable: Un passeport, jamais. Aussi reconnait-on la valeur d'un bon passeport, tandis que la valeur d'un homme, si grande soit elle, n'est pas forcément reconnue. » Berthold Brecht

 

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