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La lettre d'Avril 2014

Chèr-e-s ami-e-s,

 

Hassan est épicier. Hassan vient du Maroc et il a à peine trente ans. Hassan est épicier de proximité dans un petit village de France et dans une petite supérette qui porte justement le nom de Proxi. Depuis neuf années qu’il travaille là comme gérant Hassan, lui qui fait tout pour s’intégrer, il a bien compris notre langue. Proxi-proximité cela veut dire être proche des gens, alors Hassan il se décarcasse pour ses clients, ses voisins, il travaille souvent douze-quinze heures par jour pour satisfaire tous ceux dans ce village qu’il aime et qui le lui rendent bien. Car il est apprécié Hassan pour sa gentillesse, sa prévenance, il sourit et il aime parler avec les gens. Hassan est devenu au fil des ans un ami, le grand frère des enfants, le coursier des personnes âgées et isolées.

Or il y a quelques semaines une administration qui fait son travail s’aperçoit qu’Hassan n’a pas de papier.

Alors le lundi 14 avril, les gendarmes débarquent au domicile d’Hassan, situé au-dessus de l’épicerie à Hermonville et lui assignent une obligation de quitter le territoire français. Il a trente jours Hassan pour faire sa valise. Mais le magasin, il a dû le quitter sur le champ. De même que son logement, où il ne remettra pas les pieds, tant que le tribunal administratif n’aura pas statué.

L’administration qui a découvert Hassan, c’est l’URSSAF, parce qu’Hassan travaille sans être déclaré, payé au noir comme on dit, neuf cent euros par mois et en liquide. C’est vrai que les charges sociales et les trente-cinq heures tuent nos entreprises ! Il reconnaît aujourd’hui ses torts le patron, « admet avoir voulu échapper aux charges patronales, sans imaginer une seconde les ennuis qu’il pouvait causer à son employé. » C’est ce qu’il déclare à la presse qui justement le presse de questions le pauvre patron qui a déjà deux magasins et qui dans un premier temps ne sera pas inquiété car il promet de payer. Le préfet lui a fait son travail. Hassan doit être expulsé, pardonnez-moi c’est la loi. Mais rétorquent les habitants, il y a la loi Valls qui permet à ceux qui travaillent depuis longtemps, et neuf ans c’est longtemps, d’obtenir un titre de séjour. Oui dit le préfet mais il n’a pas été déclaré donc pour l’administration il n’a pas travaillé. CQFD. Expulsion. C’est Kafka répondent les habitants  dans un élan de cœur à peine un mois après les élections qui ont consacré une victoire relative au Front National mais pas à Hermonville heureusement. Et madame le Maire en tête ils vont manifester, alerter, payer un avocat à Hassan. Et notre Premier Ministre qui s’appelle Valls, justement comme la circulaire qui porte son nom fera appeler son préfet pour lui expliquer qu’il a plusieurs façon de lire la loi, que dans ce cas on peut peut-être délivrer un certificat de séjour, provisoire certes, il ne faut pas non plus trop se culpabiliser, ce sera trois mois pour voir venir. Hassan est sans doute prier de dire merci. Il le fera auprès de tous ses amis, les habitants, ses clients. Hassan est très ému par cette solidarité et moi aussi à distance et après coup. Il existe encore des justes dans notre pays.

Hassan ne connait sans doute pas le sketch des années 1960 de Fernand Raynaud « les étrangers qui mangent le pain des français ». Chaque jour dans un village certains disent « les étrangers mangent le pain des français… » Et dans le village il n’y a qu’un étranger qui à force d’entendre « les étrangers mangent le pain des français… », un matin il fait sa valise et il part. Depuis ce jour il n’y a plus de pain dans le village, l’étranger il était boulanger.

Ce qui est inquiétant dans l’histoire d’Hassan est que l’administration en charge de la Liberté, l'Égalité, la Fraternité et dont les préfets sont élevés dans les meilleurs écoles de la République, ce soit comporté comme les ignares de Fernand Raynaud. Ce qui est rassurant est que les citoyens de nos villages ont sans doute admiré Fernand de son vivant et, ce qui est amusant, les petites histoires des clowns donnent parfois une meilleur éducation que les leçons des grandes écoles.

J’aimerai rappeler à nos préfets, car comme citoyen ce sont bien les nôtres, non ! ce qu'écrivait Brecht en 1961 :

« Le passeport est la partie la plus noble de l'homme. D'ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu'un homme. On peut faire un homme n'importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable: Un passeport, jamais. Aussi reconnait-on la valeur d'un bon passeport, tandis que la valeur d'un homme, si grande soit elle, n'est pas forcément reconnue. »

 

Pascal Larue,  avril 2014

 

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