Accueil Nos textes Les lettres Lettre Janvier 2016
Lettre Janvier 2016

Chèr-e-s ami-e-s,

Le 28 janvier,

Nous allons ouvrir le théâtre. Après deux ans de fermeture. Ouvrir ! Quel joli mot. Quel plaisir de l’écrire dans ces temps où des forces obscures voudraient nous instiller la peur. Où la peur de l’autre nous pousse à fermer nos portes.

Mais nous allons ouvrir partiellement. Après deux ans de travaux et d’agrandissements. Partiellement. Quel mot plein de sous-entendus. Ouvrons nos portes nous soufflent encore les pensées venues des Lumières… mais méfiance. Sécurité et mesures de sécurité sont en passe de devenir les maîtres mots en lieu et place de liberté, curiosité… D’ailleurs Dettes et Argent, Dieux universels toujours bien installés, se marient mieux avec mesures de sécurité.

Nous allons ouvrir le théâtre mais sans notre salle de spectacle ! Notre vieille grange…

Elle nous ressemble la vieille grange, elle est notre cœur, elle a fait battre tant d’émotions pendant trente ans de belles rencontres, de rêves, d’utopies. Acteurs et spectateurs disaient d’elle : « Elle a une âme ».

Elle ressemble à notre vieux monde, ancienne halle à grain du moulin de Chaoué, elle a nourri pendant longtemps un monde paysan et ouvrier, et puis avec sa maturité elle a accueilli les chants des plus belles pensées. Sur ses vieux murs devenus scène et sur le bois de ses poutres ont résonné Eschyle, Shakespeare, Tchekhov, Tennessee Williams, Lorca, Amadou Ampâté  Bâ, Sophocle, Dostoïevski, Le Clézio, Molière, Homère, Genet, Mahmoud Darwich  et des chants Yiddish, les transes des Gnawas et les musiques  du Tibet, d’Afghanistan, Victor Hugo, Samuel Becket, Berthold Brecht, Dario Fo, Didier Gabily, Ghelderode, Tata Milouda, des voix et des histoires venues du Québec, du Cameroun, de la Réunion, d’Algérie, du Maroc et de Mauritanie, des gestes et rythmes du Brésil, d’Argentine, de Sibérie, de Bretagne, de Nantes et de Paris aussi… et les plus modestes, ceux de notre cité… j’en oublie, beaucoup…  qu’ils me pardonnent mais ils sont là au cœur du bois, des pierres, solides et attendris.

Elle a accueilli et nourri tous ces êtres étranges venus d’ici et de là-bas. Elle ne les a jamais appelé « Etrangers » ceux qui venaient d’ailleurs. Elle a pris le temps de les écouter et d’entendre leurs histoires. Elle a invité ses voisins à venir écouter avec elle. Ils sont venus, souvent, nombreux ou en petit comité pour apprendre l’autre. Elle s’est nourrie de ces découvertes, et elle, la modeste paysanne  avec ses vieilles poutres fatiguées, elle s’est sentie riche, noble de tous ces plaisirs et de cette connaissance nouvelle.

Aujourd’hui il faut changer sa charpente. Elle aurait du mal à soutenir le toit de la maison nous dit-on. Alors elle espère vous retrouver la saison prochaine avec ses prothèses et des tubes pour l’aider à respirer. Et avec impatience car depuis deux ans les fantômes du théâtre qui l’habitent s’ennuient sans vous.

En attendant elle est sûre que son voisin, le solide auditorium de béton qui en a vu entendu lui aussi et le moderne hall d’accueil sauront vous recevoir comme vous le méritez pour vous présenter nos amis qui viennent de loin pour certains avec leur chants, leurs danses, leurs voix si différentes des nôtres parfois.

A bientôt avec vos connaissances, d’où qu’elles viennent. Notre entrée est toujours libre et gratuite. Chacun participe à la sortie en fonction de ses moyens. Un verre de l’amitié vous attend pour ces retrouvailles dans le théâtre agrandi et renommé Chaoué Port Belle Eau.

 

Pascal Larue,  janvier 2016

 

Recherche

Notre porgramme 2017/2018 à consulter ci-dessous et à télécharger en bas de page, bonne lecture !

Toutes nos lettres