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Lettre juillet 2016

Cher-e-s Ami-e-s

Quand Dostoïevski écrit « les Démons » il nous transmet un impensable trait humain.

Quand une croyance, une foi se bâtit sur un désir de violence, et c’est bien là la terreur qu’il puisse s’agir d’un désir, une promesse de bain de sang, un anéantissement de l’autre, l’incroyant, ce n’est plus la croyance qui  est dangereuse, ce ne sont plus les dogmes de cette foi qu’il faut craindre, ils sont finalement interchangeable suivant les temps et les langues. Les dogmes qui pour s’accomplir promettent la destruction sont un prétexte permettant à tous les êtres abimés, dont la foi dans la vie a basculé dans des gouffres morbides, de justifier leurs haines et d’assouvir leurs souffrances dans celles des autres.

Les êtres de pulsions destructrices que nos règles de vie, nos lois, nos conseils, nos amitiés, nos autorités peuvent encore freiner, canaliser, réglementer, entraver, trouveront là une loi nouvelle-si en plus on peut la penser divine !- donnant sens non pas à leur vie mais à leur mort et à celle des autres par qui, avec qui elle s’accomplit. Peu importe donc la foi, l’homme habité de cris et de peurs haineuses sanglantes s’y complaira s’il le faut, s’il en a le temps, car l’accomplissement du sacrifice, du crime  n’est que le véritable but. Et la grande perversité de ces croyances aux  caractères démoniaques vient qu’elles nous promettent la fin de nos souffrances dans un au-delà, un futur merveilleux où « bonheur » nous attend pour récompenser le courage du crime. Elles sont bâtis sur l’exploitation systématique de la frustration, de la solitude dont on ne guérit non seulement par le droit à la violence mais  bien plus, par le devoir de cette violence.

Ainsi notre monde moderne qui crée beaucoup de souffrances frustrées et de solitudes torturées peut craindre le passage à l’acre de ces soldats perdus à eux-mêmes qui n’ont plus de communauté d’appartenance si ce n’est celle des adeptes de la mort. Pour tous ceux qui ne le savent pas encore, qui n’identifient pas leur violence, qui en sont juste le jouet, tous ces cris de « vive la mort » qui leur parviennent du monde entier et leurs proposent, non plus une punition de leur déviance, mais une voix à suivre, se retrouvent comme ces fascistes espagnols qui partaient au combat en criant « viva la muerte ». « Allah Akbar » crie la secte des suicidaires du XXI siècle mais ce sont les franquistes qui ne se leurraient pas, leur parti, leur Dieu était la mort.

Nous aurons beau mettre en place tous les plans sécuritaires les plus couteux et les plus contraignants pour nos libertés, les armes pour arrêter autour de nous cette folie humaine ne peuvent être que notre humanité.  S’il faut bien mener la guerre aux doctrines sanglantes organisées, la force de ces sectes est de mobiliser la folie où qu’elle soit et d’abord en nous-même. Elles veulent réveiller nos haines.

Il faut résister car cette spirale une fois déclenchée démontre à chaque coin de l’Histoire humaine que l’homme est une espèce caractérisée par sa capacité à créer des tueurs de masse, des êtres qui placent leur propre mort à l’aune de celle de tous les autres.

L’enjeu est bien de continuer à croire à la vie et en l’être humain.

Pascal Larue

 

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