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La lettre de mai. Lettre des intermittents

 TRIBUNE PARUE DANS LIBERATION DU 5 JUIN

Nous dirigeons des théâtres, des festivals, des compagnies qui œuvrent pour la création et la diffusion du spectacle vivant sur l’ensemble des territoires. Acteurs du secteur public des arts et de la culture, nous vous interpellons solennellement pour vous demander que l’accord Unédic, signé le 14 mai, par les partenaires sociaux ne soit pas agréé en l’état par votre gouvernement. Les mesures prévues pour les annexes VIII et X viendraient aggraver le système en vigueur depuis 2003, dont les règles ont déjà prouvé leur injustice et leur inefficacité. Les salariés les plus précaires et les structures les plus fragiles seraient particulièrement affectés par la nouvelle hausse de 2 points des cotisations patronales et salariales, le nouveau différé d’indemnisation concernant 48% des intermittents, contre 9% actuellement dès 8 300 euros brut en 507 heures sur 10 ou 10,5 mois, ainsi que le plafonnement du cumul des salaires et des indemnités mensualisés plutôt qu’annualisés en lien avec une date anniversaire comme nous le préconisions.

Depuis plus de dix ans, le Syndeac, d’autres organisations professionnelles et des parlementaires membres du Comité de suivi de la réforme de l’intermittence ont établi des propositions précises pour une réforme équitable et durable de ce régime spécifique d’assurance chômage. Une étude commandée à deux chercheurs indépendants a permis de démontrer la justice sociale et l’efficacité économique du modèle alternatif que nous défendons.

De même, l’Assemblée nationale et le Sénat ont mené, en 2013, des auditions sur l’emploi artistique et proposé à leur tour des pistes de réforme. Les négociations paritaires de cette année auraient dû être l’occasion d’analyser ces propositions concrètes. Mais tous ces travaux ont été ignorés par certains partenaires sociaux.

Le ministre du Travail a été interpellé ces dernières semaines par de très nombreux élus de gauche, demandant, par courrier ou en question publique, de ne pas agréer cette nouvelle convention pour ces mêmes motifs de justice sociale et de prise en compte des propositions de réforme existantes.

Alors oui, nous attendons plus d’un gouvernement de gauche que le strict respect du dialogue social paritaire. Nous attendons beaucoup plus d’un gouvernement de gauche que la seule préservation des annexes spécifiques pour les intermittents du spectacle. Nous attendons d’un gouvernement de gauche autre chose que des Assises dilatoires et la promesse d’une caisse de bienfaisance. Et nous attendons toujours d’un gouvernement de gauche les preuves d’une ambition pour la culture. Agréer la convention en l’état relèverait d’une provocation au regard de la situation sociale de notre pays et de son niveau de chômage. Ce serait une erreur, voire une faute, à la veille des festivals d’été qui font le rayonnement international de notre pays : déjà le Printemps des comédiens de Montpellier est stoppé dans son envol… et demain ?

Il serait sage d’entendre enfin la juste colère des artistes, des techniciens, des professionnels de la culture. Il serait sage d’entendre aussi les inquiétudes que près de 100 parlementaires et élus locaux ont adressées par courrier au ministre du Travail pour lui demander de ne pas signer ce texte.

Avec eux, à travers la justice et l’équité d’une réforme du régime de l’intermittence, nous défendons aussi le développement humain, culturel et économique des territoires. Parce que l’humain est le moteur de tout acte de création, il est impératif de préserver ces emplois.

Nous continuons d’attendre de votre gouvernement qu’il renonce à agréer cette nouvelle convention Unédic en l’état ou qu’il accepte à tout le moins d’y surseoir pour partie : les annexes VIII et X méritent une nouvelle concertation. Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.

Parmi les premiers signataires :

Jean-Paul Angot Directeur de la MC2 Grenoble, président de l’Association des Scènes nationales - Fabien Barontini Directeur de Sons d’hiver, élu au Conseil national du Syndeac (CNS) -  Jean Boillot Metteur en scène, directeur du Nord-Est Théâtre, centre dramatique national de Thionville Lorraine, élu au CNS, secrétaire de l’Acid-Association des CDN/R -  Hélène Cancel Directrice du Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque, présidente déléguée du Syndeac  -  Romaric Daurier Directeur du Phénix, scène nationale de Valenciennes, président délégué du Syndeac  - Judith Depaule Metteure en scène, directrice artistique de Mabel Octobre, déléguée suppléante du Syndeac en Ile-de-France  - Héla Fattoumi Chorégraphe, codirectrice du centre chorégraphique national de Caen Basse-Normandie, présidente déléguée du Syndeac  - Madeleine Louarn Metteure en scène, directrice du Théâtre de l’Entresort, présidente du Syndeac  - Arnaud Meunier Metteur en scène, directeur de la Comédie de Saint-Etienne, centre dramatique national  - Olivier Py Auteur et metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon  - Pauline Sales Auteure, comédienne, codirectrice du Préau, centre dramatique régional de Vire, présidente déléguée du Syndeac, coprésidente de l’Acid-Association des CDN/R  -  Emmanuelle Vo-Dinh Chorégraphe, directrice du Phare, centre chorégraphique national du Havre Haute-Normandie…

 
La lettre d'Avril 2014

Chèr-e-s ami-e-s,

 

Hassan est épicier. Hassan vient du Maroc et il a à peine trente ans. Hassan est épicier de proximité dans un petit village de France et dans une petite supérette qui porte justement le nom de Proxi. Depuis neuf années qu’il travaille là comme gérant Hassan, lui qui fait tout pour s’intégrer, il a bien compris notre langue. Proxi-proximité cela veut dire être proche des gens, alors Hassan il se décarcasse pour ses clients, ses voisins, il travaille souvent douze-quinze heures par jour pour satisfaire tous ceux dans ce village qu’il aime et qui le lui rendent bien. Car il est apprécié Hassan pour sa gentillesse, sa prévenance, il sourit et il aime parler avec les gens. Hassan est devenu au fil des ans un ami, le grand frère des enfants, le coursier des personnes âgées et isolées.

Or il y a quelques semaines une administration qui fait son travail s’aperçoit qu’Hassan n’a pas de papier.

Alors le lundi 14 avril, les gendarmes débarquent au domicile d’Hassan, situé au-dessus de l’épicerie à Hermonville et lui assignent une obligation de quitter le territoire français. Il a trente jours Hassan pour faire sa valise. Mais le magasin, il a dû le quitter sur le champ. De même que son logement, où il ne remettra pas les pieds, tant que le tribunal administratif n’aura pas statué.

L’administration qui a découvert Hassan, c’est l’URSSAF, parce qu’Hassan travaille sans être déclaré, payé au noir comme on dit, neuf cent euros par mois et en liquide. C’est vrai que les charges sociales et les trente-cinq heures tuent nos entreprises ! Il reconnaît aujourd’hui ses torts le patron, « admet avoir voulu échapper aux charges patronales, sans imaginer une seconde les ennuis qu’il pouvait causer à son employé. » C’est ce qu’il déclare à la presse qui justement le presse de questions le pauvre patron qui a déjà deux magasins et qui dans un premier temps ne sera pas inquiété car il promet de payer. Le préfet lui a fait son travail. Hassan doit être expulsé, pardonnez-moi c’est la loi. Mais rétorquent les habitants, il y a la loi Valls qui permet à ceux qui travaillent depuis longtemps, et neuf ans c’est longtemps, d’obtenir un titre de séjour. Oui dit le préfet mais il n’a pas été déclaré donc pour l’administration il n’a pas travaillé. CQFD. Expulsion. C’est Kafka répondent les habitants  dans un élan de cœur à peine un mois après les élections qui ont consacré une victoire relative au Front National mais pas à Hermonville heureusement. Et madame le Maire en tête ils vont manifester, alerter, payer un avocat à Hassan. Et notre Premier Ministre qui s’appelle Valls, justement comme la circulaire qui porte son nom fera appeler son préfet pour lui expliquer qu’il a plusieurs façon de lire la loi, que dans ce cas on peut peut-être délivrer un certificat de séjour, provisoire certes, il ne faut pas non plus trop se culpabiliser, ce sera trois mois pour voir venir. Hassan est sans doute prier de dire merci. Il le fera auprès de tous ses amis, les habitants, ses clients. Hassan est très ému par cette solidarité et moi aussi à distance et après coup. Il existe encore des justes dans notre pays.

Hassan ne connait sans doute pas le sketch des années 1960 de Fernand Raynaud « les étrangers qui mangent le pain des français ». Chaque jour dans un village certains disent « les étrangers mangent le pain des français… » Et dans le village il n’y a qu’un étranger qui à force d’entendre « les étrangers mangent le pain des français… », un matin il fait sa valise et il part. Depuis ce jour il n’y a plus de pain dans le village, l’étranger il était boulanger.

Ce qui est inquiétant dans l’histoire d’Hassan est que l’administration en charge de la Liberté, l'Égalité, la Fraternité et dont les préfets sont élevés dans les meilleurs écoles de la République, ce soit comporté comme les ignares de Fernand Raynaud. Ce qui est rassurant est que les citoyens de nos villages ont sans doute admiré Fernand de son vivant et, ce qui est amusant, les petites histoires des clowns donnent parfois une meilleur éducation que les leçons des grandes écoles.

J’aimerai rappeler à nos préfets, car comme citoyen ce sont bien les nôtres, non ! ce qu'écrivait Brecht en 1961 :

« Le passeport est la partie la plus noble de l'homme. D'ailleurs un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu'un homme. On peut faire un homme n'importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable: Un passeport, jamais. Aussi reconnait-on la valeur d'un bon passeport, tandis que la valeur d'un homme, si grande soit elle, n'est pas forcément reconnue. »

 

Pascal Larue,  avril 2014

 
La lettre du 3 mars

Chèr-e-s ami-e-s,

Notre lieu de vie théâtrale depuis trente ans étant fermé pour travaux, nos réflexions et questions sur « Qu’est-ce qu’un bon lieu de théâtre » et donc « Qu’est-ce qu’un lieu médiocre ou mauvais » sont plus présentes, plus pressantes. Et revient sans cesse à notre mémoire cet aphorisme de Philippe Avron grand comédien philosophe qui nous a quitté : « Quand dans un théâtre il n’y a plus de fantômes, de spectres, de revenants, ce n’est plus un théâtre mais une salle polyvalente. » Combien de lieu de théâtre contemporain sont fait d’un bois noueux, de pierres vivantes, d’une vie capable d’accueillir des fantômes ? Devant quelles platitudes et surfaces lisses, de bois  agglomérés ou ripolinés, de pierres factices et de rideaux tristes nous demande-t-on de venir rêver ? Si comme nous le croyons le théâtre nous entraine au royaume des spectres, il semble que ce noir universel  dominant ces gros cubes où il faut venir s’asseoir, efface tout, que les ténèbres n’ont plus qu’une couleur, le noir. Cette simplification ruine la voie colorée des abîmes de l’être que le théâtre est censé explorer. Imaginons des musées où toutes les toiles seraient présentées sur des fonds et des cadres noirs, que les toiles elle-même soient peintes sur ces fonds à couleur unique. Comment alors faire sentir tout ce qui fonce les couleurs et nous enfonce dans un monde souterrain ? Les ténèbres chez Bosch, Titien, Gauguin, Pissarro, Picasso et bien d’autres sont colorées. Quant aux matières, sommes-nous devenus à ce point pure esprit vide et plat écran plasmatique, pour imaginer trouver quelques profondeurs à ces matériaux insipides qui s’étalent sur ce noir atone. Avons-nous à ce point quitté le monde matériel et les dynamiques élémentaires de l’eau, de l’air, du feu et de la terre qui sous-tendent notre imaginaire, l’arbre, son bois, son tronc, et ses racines, et ses nœuds, ses torsions et poussées pour s’élever ? Les constructeurs de bateaux et les marins ont été pendant des centaines d’années les concepteurs des théâtres, des gens qui avaient le sens du voyage, la connaissance des grands fonds, du bois, une matière qui vit du lien entre ciel et terre. Plus loin encore au temps des Epidaure, le théâtre était construit par des architectes admirateurs du chiffre d’or, connaisseurs de l’alchimie des pierres, non pas de leurs propriétés géologiques, mais de leurs puissances évocatrices de rêveries et des géométries qui les accompagnent. Qui se préoccupent aujourd’hui de la puissance évocatrice de rêves des lieux de théâtre, de la magie que convoque encore ce mot à nos cœurs éveillés ou non. Cette magie, un logicien peut y trouver à redire, le poète lui l'admire.  Cette magie a-t-elle disparu au profit des surfaces de verre et de zinc, reflet narcissique des rêveurs d’aujourd’hui, créant des tours à leur image, froide, cercueils de zinc d’une imagination minérale, alchimistes sans flamme, sans éclaboussures, avec seulement des éclats de lumières starisés, quand nous pauvres spectateurs désirons tel le fragile papillon toucher la lumière, nous y brûler et sentir les chairs griller. Les salles d’aujourd’hui sont le plus souvent froides pour ne pas dire glaçante et la mode du rire décalé cache certainement notre gêne de ne plus pouvoir se tordre de rire comme une vielle branche. Il faut parfois aller dans la rue, dans les théâtres sans foyer ni lieu pour trouver à se bidonner, entendre les bidons résonner et briser la glace entre nous. Ainsi la dynamique élémentaire du verre et du métal opère aussi évidement, mais dehors, à l’air libre. Il y a bien sûr une rêverie du velours noir, ce drap veule et lourd qui broie, sans doute des rêves de halls blancs et de portes de verre. Un poète  peut tout à fait explorer une symbolique d’abîmes qui se referment sans nuance. Mais la copie à l’infini de ces bâtiments binaires est la marque d’une rêverie appauvrie. Chaque maison, carrefour, grotte, caveau, garage, grange, chapelle de comédiens devraient être les lieux particuliers du théâtre, on devrait pouvoir choisir un théâtre à son odeur, là où suprême ironie glacée, les lieux nommés uniques n’ont que des acteurs de passages et se ressemblent tous, aseptisés ce sont des rêves d’hôpital ou de salle de bain. Dans quel théâtre un acteur a-t-il encore le loisir d’accrocher au mur une photo, un vieux souvenir, la trace d’un fantôme qui le hante en plantant un clou ? Dans quelle salle si propre, si bien agencée un comédien peut-il laisser trainer un costume la nuit sur le plateau, dans les cintres, dans la fosse pour qu’un roi Lear, un Hamlet, une Ophélie viennent y rôder la nuit et qu’il puisse en respirer l’odeur au petit matin ? Dans quel théâtre un acteur peut-il encore s’endormir sur la scène après le spectacle sans être expulsé pour des raisons de sécurité ? Ah, la sécurité, le nouveau maitre mot ! Si le théâtre est un reflet de notre monde, dans quel monde vivons-nous ? Le théâtre peut-il encore exister sans rêveur endormi sur un plateau à la lueur d’une sentinelle. Qui se souvient encore du sens de ce mot : sentinelle !

 Pascal Larue,  mars 2014

 
Lettre du 1er Février

J’ai reçu un message d’un ami chasseur de contes et je ne résiste pas à l’envie de le partager avec vous.

Cher ami,

Les contes sont des êtres vivants, laissez-moi vous en convaincre.

Quand sont-ils nés, et où ? Difficile de le dire, ils sont à nos côtés depuis si longtemps ? Peut-être quand nous avons domestiqué le feu, il faut un peu de chaleur pour bien les entendre, du temps à ne rien faire d’autre que les écouter, et j’ai remarqué depuis qu’ils m’accompagnent leur préférence pour la nuit. Ils aiment rester secret, faire un peu peur ou rire de nous et cacher leur beauté. Ils paraissent éternels et il y a des contes si vieux que personne ne se souvient d’où ils viennent. Pas même eux. Et pourtant on peut suivre leurs traces dans beaucoup de pays différents, on les croit disparus et ils réapparaissent. Comment voyagent-ils ? Peut-être se transmettent-ils comme les baisers avec la bouche et la langue. Il faut des amoureux pour les faire renaitre. Ou peut-être qu’il existe des abeilles contineuses butinant des histoires pour en faire un miel doux amère nécessaire à notre alimentation. Peut-être avec les oiseaux et le vent, peut-être ont-ils des ailes aux talons car certains ont traversé les mers, les océans, des montagnes aux grands cols, des déserts de sable ou de glace. Ils ont traversé des guerres, des tremblements de terre, connus sècheresse, inondation, avalanches et mille souffrances. Ils ont été pourchassés et expulsés, il y a des époques où ils devaient se cacher et même un pays où la loi interdit les contes, les cerfs-volants et de rire en public. Il y a des hommes à qui ils font peur et qui croient s’en débarrasser en disant « Ce sont des histoires de bonnes femmes ». Ce qui est sûr c’est qu’ils sont là et que nous avons besoin d’eux comme le rhinocéros a besoin de son petit oiseau qui le pique pour manger les vers dans les pores de sa peau. Ils sont là dissous dans l’eau de la fontaine, source de nos rêves quand il faut boire, apparaissant et disparaissant au gré des vents ils nous aident à voler vers des sommets inconnus et assis sur la montagne nous donne la force, la volonté de la déplacer. Et le soir devant un feu les paroles du conteur semblent danser avec les flammes. Ils savent vivre avec nous dans un monde parallèle auquel nous accédons par des trous noirs et des portes mystérieuses, mais chacun a une clef qui n’ouvre pas la porte des autres. Chacun d’entre nous peut les raconter ou les écouter ou s’endormir à son bon plaisir.

Les contes sont des êtres vivants, du moins je le crois, on dit  qu’ils savent apaiser nos peines, cicatriser nos blessures, caresser nos âmes et même faire rire les pierres. Mais ça personne ne peut le prouver Des histoires de bonnes femmes ? Pour le savoir il faut apprendre à les entendre ?

 

Le 1er janvier … l’année est effacée

 

Post Scriptum :

Je vous joins mes récoltes de rêves à la croisée des mondes, aux pays des eaux dormantes chez les Aqualipis, chez les Narcisséens et le Huminidées et aussi les danses des Ophéliennes en pays Mélancolia, les songes des Ailées et des Nébuleux dans les monts Durtex ou les plaines des Moles, les récits des Cristallins et de leurs voisins les Métalliques, enfin les histoires incroyables des Prométhéens et leurs cousins Nitchéens  ancêtre d’Empédocle et des Chimistiens, Chiméens ou Chimériens, les prononciations différent suivant les régions. Ces histoires sont sur des pages blanches comme il se doit pour les contes, nul besoin de les écrire. Je les dépose tel que je les ai recueillis, vierges quoique vieux. As toi de trouver les mots…

 
Lettre du 16 Janvier 2014

Ché-r-es Ami-e-s,
Yasmina nous a quitté,
elle fut dans notre adaptation du "désert" de Le Clézio
intitulé "les fils des nuages" une merveilleuse Leila,
lumineuse et incandescente...
 
Yasmina ma sœur, 
là où tu as choisi d'être,
pour toujours nous garderons de toi 
la trace d'une danse généreuse,
amoureuse et d'un parfum secret,
 
pour toujours tu nous laisses la  lumière de ton regard 
accompagnant l'autre l'ami 
d'un doux sourire dans la conversation
et une voix claire, et rassurante,
 
Yasmina l'aimante,
là où tu as choisi d'être, 
pour toujours tu nous as offert
le mouvement léger et vif de tes pas
dessin d'une danse offerte au vent et à la liberté du Levant,
et aux oiseaux, 
 
pour toujours tu nous as offert
posée sur l'eau dormante 
aux reflets de ton miroir
pour qui sait voir,
un cœur ouvert
 
Yasmina la dansante
là où tu as choisi d'être,
pour toujours tu nous laisses 
un rêve qui danse sur ta tête,
demoiselle du vent 
dont le nom est un secret,
 
Yasmina bonne mère 
pour toujours à nos cœurs 
l'écho de ta chanson,
et ta chanson est une eau dormante de l'amour 
et ton astre brillant une eau dormante du temps,
 
pour toujours nous parvient de toi
ce mystère délicat qui nous a pris dans ses bras 
l'abandon du corps qui danse virevolte glisse
et marche vers l'inconnu aimant,
préférant le silence des gestes,
pudeur d'une parole qui a peur de déranger 
 
Yasmina la douce
 pour toujours avec nous la discrétion
qui écoute avec ardeur et tendresse
sources des souvenirs qui réchauffe le cœur
pour toujours au fond de tes yeux nous verrons d'infinis sentiers,
la multitude des chemins où se perdent les soleils
et les carrefours d'ombres  posés sur ton sein
l'écho et son cri devenus chair,
 
là où tu as choisi d'être
Yasmina la bienveillante 
pour toujours étoile filante de la vie passante
à donner du temps de l'amour du mouvement 
prendre pour toi c’était prendre le pouls prendre le temps
et le perdre d'avoir tant donné 
 
Yasmina notre ami 
dors sans crainte à la lisière des mondes
pour toujours ta musique berce nos peines de l'absence,
pensant à toi nous dirons 
je t'aime sans peur et sans peine.
 
Pascal le 16 janvier 2014
 
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